Martinique : Suicide en prison de Pierre Just Marny - Un homme qui fut un symbole17/08/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/08/une2246.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Martinique : Suicide en prison de Pierre Just Marny - Un homme qui fut un symbole

Pierre Just Marny, le plus vieux prisonnier de l'État français, s'est suicidé le 7 août dans sa prison à Ducos, en Martinique, après 48 ans de détention.

L'affaire a ému l'opinion publique de Martinique et de Guadeloupe. D'abord parce que tout le monde estime que Marny avait largement payé pour ses crimes ; ensuite parce que « l'affaire Marny » qui remonte aux années soixante avait secoué en son temps la Martinique et reste encore dans les mémoires.

PJ Marny, « la Panthère noire », comme la population l'avait surnommé, en raison de son agilité, fut condamné en 1963 à quatre ans de prison pour vols, dont deux avec sursis. Sorti de prison, il partit à la recherche de ses anciens complices qu'il accusait de l'avoir dénoncé et d'avoir gardé sa part du butin. Au cours de cette recherche, il organisa un braquage qui fit trois morts, dont un enfant de deux ans tué accidentellement.

Marny fut arrêté le 8 septembre 1965. Quelques semaines plus tard il s'échappa de la prison de Fort-de-France. Pendant sa cavale, il défia les gendarmes et la police. Repris, il reçut plusieurs balles au poumon et à l'abdomen.

Son défi apparut comme un geste héroïque auprès de la jeunesse pauvre des quartiers de Fort-de-France, dont Marny était issu. Trois jours d'émeutes violentes suivirent son arrestation. Il faut rappeler que l'on était en pleine période coloniale, que quatre ans avant, les gendarmes avaient tué plusieurs grévistes de l'usine du Lamentin, qu'en 1959, ils avaient tué trois jeunes au cours d'une émeute. Le fait que les forces de répression blanches s'opposaient à de jeunes Noirs des quartiers, avec un racisme et une violence inouïs expliquait pourquoi Marny fut, malgré ses méfaits, soutenu par la population noire pauvre.

Le 27 septembre 1969, il fut condamné à la prison à vie. Il fut interné en unité psychiatrique pendant 32 ans. On finit par satisfaire sa demande de rentrer en Martinique à la prison de Ducos en... 2008, où il fit son entrée sous les acclamations de tous les détenus. Mais pour obtenir sa libération, on lui demandait de revenir en France afin de passer devant une commission médicale. Il refusa car il avait déjà été examiné en 2007 et n'avait plus confiance dans les maintes promesses non tenues de l'administration judiciaire, préférant se donner la mort le 7 août dernier dans sa cellule.

Jeune Noir, pauvre et illettré, Pierre Just Marny était à sa façon révolté contre la société coloniale, raciste, pourvoyeuse d'inégalité et de misère, une révolte qui s'était traduite chez lui par la délinquance et la violence criminelle.

La justice est rendue au nom du peuple, dit-on. Mais un vrai tribunal du peuple martiniquais aurait, pour sûr, libéré Marny depuis longtemps. C'est un fait que dans la mémoire collective du peuple de Martinique et de Guadeloupe, Marny est plus une victime qu'un coupable. Les chansons populaires, les « gwo ka », l'histoire de la « panthère noire » relatant les événements de 1965, s'ils ne font pas de lui un héros, n'en condamnent pas moins la justice et la répression coloniales.

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