Avec Mélenchon, le PCF refait le coup de Mitterrand... en plus dérisoire08/06/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/06/une-2236.gif.445x577_q85_box-0%2C14%2C163%2C226_crop_detail.png

Editorial

Avec Mélenchon, le PCF refait le coup de Mitterrand... en plus dérisoire

La conférence nationale du Parti communiste français vient de décider de soutenir, pour la présidentielle de 2012, la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Cette décision doit encore être soumise aux militants du parti pour être confirmée. Mais le choix de la direction est clair et net. Pour la première fois depuis 1974, le PCF ne présente pas un candidat issu de ses rangs.

En 1974, le PCF avait choisi de s'effacer derrière François Mitterrand, candidat unique de la gauche. À l'époque, c'était un parti puissant qui, aux élections, représentait plus de 20 % de l'électorat. Mais plus important encore que son influence électorale était le fait que c'était le parti qui avait le plus de militants dans le monde du travail, dans les entreprises, dans les quartiers populaires. Il avait aussi une influence prépondérante sur la principale confédération syndicale, la CGT.

C'est bien en raison de cette influence que le politicien bourgeois madré qu'était Mitterrand avait besoin du soutien du PCF. Il en avait besoin d'abord pour se faire élire et, plus encore, pour qu'une fois installé au pouvoir il puisse faire passer sa politique comme une politique favorable à la classe ouvrière.

Mitterrand dut patienter jusqu'à 1981 pour arriver à la présidence de la République. Après avoir suscité de l'espoir et surtout beaucoup d'illusions, l'Union de la gauche au pouvoir ne tarda pas à se révéler être un gouvernement menant la politique que la bourgeoisie souhaitait voir mener. Les gouvernements de gauche se succédèrent, d'abord avec des ministres communistes, puis sans eux, mais toujours avec leur soutien.

Non seulement l'Union de la gauche n'a pas changé la vie des travailleurs, mais elle ne les a en rien protégés contre l'avidité de la bourgeoisie. C'était une période de licenciements massifs, accompagnés de violence contre les travailleurs, de la sidérurgie à l'automobile. Les nationalisations avec rachat ont permis aux dynasties bourgeoises de se dégager des industries devenues moins rentables, en laissant à l'État le sale travail de licencier. Pendant qu'augmentait le nombre de chômeurs, les prétendus socialistes au gouvernement glorifiaient le profit et la Bourse.

Et les militants du PCF étaient conviés à justifier cette politique, à désamorcer la contestation, désarmant ainsi les travailleurs.

Le PCF ne s'est jamais relevé de cette période. De parti puissant, il est devenu un auxiliaire intérimaire du PS lorsque celui-ci est revenu au gouvernement avec Jospin. Sa politique a découragé, démobilisé des milliers, des dizaines de milliers de militants, dans les entreprises comme dans les quartiers populaires. Sa candidate à la dernière présidentielle, Marie-George Buffet, a dû se contenter de 1,93 % des voix.

Voilà qu'aujourd'hui la direction du PCF recommence, sous forme de farce dérisoire, la même opération qu'en 1974, derrière l'ancien ministre du PS Mélenchon. Et Pierre Laurent, l'actuel secrétaire national du PCF, de déclarer dans son discours à la conférence nationale : « Oui, dans notre pays, le changement est possible. » Comme si ces lamentables combines électorales pouvaient amener le changement ! Elles permettront peut-être au PCF de conserver quelques places de députés. Et qui sait, si le PS obtient la majorité aux élections de 2012 et si Mélenchon obtient un nombre de voix qui le rend intéressant aux yeux du PS, il sera ministre et le PCF aura peut-être un ou deux strapontins de secrétaire d'État ? Mais qu'est-ce que cela changera pour les travailleurs ? En quoi cela les préservera de l'offensive du grand patronat et de la bourgeoisie, redoublant d'intensité en cette période de crise économique ?

En s'effaçant derrière Mélenchon, comme il s'était effacé il y a plus de trente ans derrière Mitterrand, le PCF fait seulement la démonstration que rien ne distingue sa politique de la politique de ces gens-là. Ce n'est pas vraiment nouveau. Bien avant qu'il ait fait le choix de s'aligner derrière le PS pour quelques postes ministériels, il ne représentait déjà plus les idées communistes, les idées de lutte de classe. Cela ne juge pas ces idées, cela juge le parti qui prétendait les incarner.

Il est pourtant indispensable que la classe ouvrière retrouve les idées de l'émancipation sociale et les fasse de nouveau siennes. Elles sont importantes pour se défendre efficacement contre le grand patronat. Elles sont indispensables pour permettre à la classe ouvrière de renouer avec sa tradition de combat pour le renversement du capitalisme, qui montre en cette période de crise toute son infamie et son absurdité.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 6 juin

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