Ukraine : 25 ans après l'explosion de Tchernobyl, l'explosion de la corruption18/05/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/05/une-2233.gif.445x577_q85_box-0%2C12%2C166%2C228_crop_detail.png

Dans le monde

Ukraine : 25 ans après l'explosion de Tchernobyl, l'explosion de la corruption

En Ukraine, la tragédie de Tchernobyl a évidemment fait la Une de tous les médias à l'occasion de son 25e anniversaire, le 26 avril. Et elle continue, plusieurs jours après, de s'afficher sous forme de calicots barrant les rues et d'immenses panneaux publicitaires au moyen desquels les politiciens, à commencer par le président ukrainien Yanoukovitch, cherchent à faire croire à leur profonde sympathie pour les victimes et leurs proches. Le tout est assaisonné de force gestes de croix et de coups d'encensoir, comme lors de la cérémonie religieuse à laquelle assistaient côte à côte le président russe Medvedev et son homologue ukrainien.

Yanoukovitch et ses pareils multipliaient les déclarations et faisaient la manche pour tenter d'obtenir un milliard de dollars de donateurs internationaux afin de construire un sarcophage géant en béton au-dessus du réacteur numéro 4 de la centrale, le précédent continuant de fuir. Mais dans le même temps, une partie de la presse ukrainienne remettait les choses à leur place. Citant le quotidien britannique des milieux d'affaires Financial Times, elle rapportait que l'homme le plus riche d'Ukraine, Rinat Akhmetov, qui s'était lui aussi fait mousser sur toutes les chaînes de télévision avec le thème de Tchernobyl en « offrant » son aide pour un million de dollars, venait de s'offrir pour 220 millions de dollars, un appartement d'un luxe incroyable à Londres, dans un programme dénommé One Hyde Park. Soit, pour un seul logement, 220 fois plus que ce qu'il avait jeté comme une aumône pour des centaines de milliers de personnes victimes des radiations ou vivant à proximité de la zone contaminée de Tchernobyl.

Mais même ce million n'a finalement pas coûté grand-chose à ce magnat des affaires, qui a fait main basse sur toute une partie de l'industrie de l'Est du pays avec la complicité intéressée du clan dirigeant, dont l'actuel président Yanoukovitch est le chef, et qui, depuis des années, contrôle politiquement et administrativement... la même région orientale de l'Ukraine.

La nouvelle des dépenses immobilières somptuaires de cet individu, intimement lié aux autorités ainsi qu'au monde du crime, n'a sans doute pas dû étonner grand monde en Ukraine. La corruption des autorités, les fortunes accumulées sur le dos de la population et grâce au vol des richesses économiques et des ressources nationales, sont largement connues. Ainsi, l'hebdomadaire ukrainien Focus du 29 avril publiait un dossier sur la corruption des policiers, un autre sur le train de vie incroyable des responsables du budget et des services secrets et leurs détournements de fonds avérés, estimés à 230 millions de dollars par an, mais jamais poursuivis. Il faisait aussi sa Une sur l'ancien Premier ministre, Youlia Timochenko, qui déclarait : « Je ne sais pas s'ils vont se risquer à m'arrêter ».

La dame, en effet, qui a perdu sa place à la tête du gouvernement depuis un an, est sous le coup de multiples inculpations pour avoir, elle et son clan, détourné des milliards de dollars provenant du gaz russe transitant par le territoire ukrainien. Il est vrai que le clan actuellement au pouvoir, qui l'accuse, ne vaut pas mieux. Ainsi, grâce au pillage des marchés de travaux publics, les officiels actuels et les sociétés privées détournent un cinquième du budget gouvernemental consacré notamment aux routes.

Dans ces conditions, toute le presse se fait l'écho des procès croisés que s'intentent mutuellement les autorités actuelles et certains membres du précédent gouvernement, ainsi que leurs protégés affairisto-mafieux dits « oligarques ». L'étalage des moeurs de ces gens, de leur train de vie en rapport direct avec le montant du fruit de leurs rapines, a évidemment de quoi écoeurer la population travailleuse, quand on sait que le salaire d'un vendeur en grande surface ou d'un employé d'un entrepôt commercial, y compris dans les grandes villes, n'excède pas l'équivalent de 250 à 300 euros par mois.

Pendant que le chômage explose, le pouvoir d'achat de nombreux travailleurs est en chute libre, au point que le vice-Premier ministre actuel vient de leur conseiller de cultiver des fruits et légumes devant chez eux pour améliorer l'ordinaire. Mais les politiciens et affairistes abonnés des tribunaux viennent de prendre des mesures : Akhmetov, déjà cité, Ivanuchtchenko, un autre oligarque accusé d'avoir fait fortune en obtenant le quasi-monopole du commerce d'État des céréales, et plusieurs de leurs pareils attaquent maintenant systématiquement en diffamation les médias qui font des révélations sur la façon dont ils accumulent des milliards de dollars et d'euros. Ils « travaillent à nettoyer leur réputation », titrait récemment l'hebdomadaire Kyiv Post. Mais ce n'est pas facile quand il est notoire qu'on s'emploie surtout à « nettoyer » les caisses de l'État...

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