Japon - Tepco et l'accident nucléaire : L'État paiera les dégâts, et les banques pas un yen18/05/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/05/une-2233.gif.445x577_q85_box-0%2C12%2C166%2C228_crop_detail.png

Dans le monde

Japon - Tepco et l'accident nucléaire : L'État paiera les dégâts, et les banques pas un yen

Presque trois mois après le tremblement de terre et le tsunami qui ont frappé le Japon, les conséquences de la catastrophe nucléaire consécutive sont loin d'être toutes évaluées. Des dizaines de milliers de réfugiés attendent encore de pouvoir regagner leur domicile, les impacts sur l'agriculture et la pêche sont toujours inconnus, la production reste perturbée dans plusieurs secteurs.

La cause de cet accident nucléaire, en revanche, est maintenant bien connue : la soif de profit de Tepco a transformé une catastrophe naturelle en cataclysme social. Cette société, propriétaire des réacteurs nucléaires endommagés, est en effet coupable, depuis des années, au vu et au su des autorités, de négligences répétées, d'économies criminelles, de dissimulation d'accidents, de malfaçons, etc. Tout cela dans le seul but de diminuer ses frais pour augmenter ses profits.

Aujourd'hui Tepco doit indemniser les réfugiés et les entreprises qui ont dû suspendre leurs activités en raison de la radioactivité, ainsi que toutes celles qui n'ont pas été livrées en énergie. Tepco doit de plus honorer ses commandes, reconstruire les réacteurs détruits, renforcer la sécurité de toutes ses installations. Bref, comme conséquence de son incurie, elle doit faire face à des frais énormes. Mais les banques ne veulent plus lui prêter un sou et le cours de son action, déjà divisé par cinq, baisse tous les jours. L'entreprise, premier producteur d'électricité au Japon, plus grand émetteur d'obligations à la Bourse de Tokyo et jusque-là une des plus profitables du pays, est en faillite.

Avançant que la production d'électricité est indispensable et que les indemnités doivent être payées aux victimes, le gouvernement japonais va donc pratiquement nationaliser Tepco en le plaçant sous une étroite tutelle et en lui fournissant les fonds nécessaires... puisque les banques ne veulent pas le faire.

Le porte-parole du gouvernement a bien avancé à cette occasion que « l'opinion publique ne comprendrait pas que des fonds publics soient injectés dans Tepco si les banques ne renonçaient pas à une partie de leurs créances vis-à-vis de l'opérateur ». Qualifié de « centre gauche », ce gouvernement est d'une grande délicatesse d'expression vis-à-vis du capital financier. En effet, les trois plus grandes banques japonaises sont concernées de très près par l'accident nucléaire. Non seulement elles possèdent de gros paquets d'actions de Tepco mais elles lui ont prêté en tout sept cent milliards de yens (six milliards d'euros). Elles et leurs actionnaires ont largement et pendant longtemps capté une partie des profits de Tepco. Au mieux elles n'ont pas regardé dans quelles conditions ces profits se formaient ; au pire, et c'est le plus probable, elles ont mis tout leur poids pour que Tepco fasse toutes les économies possibles. Mais il n'est pas question pour elles d'abandonner la moindre de leurs créances, de prendre le moindre centime de leurs profits pour réparer les dégâts.

La déclaration du gouvernement, toute platonique pourtant, a été accueillie par un concert de protestations des porte-parole des banques et une baisse de la Bourse de Tokyo. Le monde peut mourir irradié, l'important est que le profit soit sauf !

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