Il y a 20 ans - 16 janvier-3 mars 1991 : La guerre du Golfe pour le pétrole et la domination impérialiste04/03/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/03/une-2222.gif.445x577_q85_box-0%2C8%2C173%2C232_crop_detail.png

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Il y a 20 ans - 16 janvier-3 mars 1991 : La guerre du Golfe pour le pétrole et la domination impérialiste

Le 15 janvier 1991 à minuit, se terminait l'ultimatum imposé par les Nations unies à l'Irak pour contraindre le régime de Saddam Hussein à retirer ses troupes du Koweït, qu'elles occupaient depuis le 2 août 1990. Les dirigeants irakiens ayant refusé de céder, les bombardements commencèrent dans la nuit du 16 au 17 janvier. Le 28 février, les combats se terminaient. L'Irak de Saddam Hussein était vaincu. Cette opération militaire Tempête du désert était la plus importante lancée depuis 1945. Y participèrent à des titres divers 34 États, dont la France, alignés derrière les États-Unis, contre un régime dictatorial certes, mais aussi contre le peuple irakien.

La crise du Golfe avait commencé à l'été 1990. Le 18 juillet, parmi d'autres exigences, l'Irak demandait au Koweït l'annulation d'une créance de 10 milliards, en grande partie contractée pour financer la guerre de l'Irak contre l'Iran, faite au bénéfice des puissances impérialistes.

Le 25 juillet, Saddam Hussein rencontrait l'ambassadeur américain à Bagdad, April Glaspie. Celle-ci, au fait des mouvements de troupes irakiennes, lui laissant entendre que Washington n'avait « pas d'opinion » sur le différend avec le Koweït, Saddam Hussein l'interpréta comme un feu vert donné à ses ambitions.

En effet, depuis des années, l'Irak était l'un des protégés des États-Unis. George Bush (le père de George W. Bush), président depuis 1988, avait jusqu'alors satisfait toutes les demandes de crédits du régime irakien, même quand les financiers américains tiraient le signal d'alarme sur son endettement. Les sociétés américaines pouvaient ainsi lui vendre des usines clés en mains. Parmi les fournisseurs d'armes du régime, les entreprises françaises Thomson, Matra et Dassault étaient bien placées.

L'ARMEE IRAKIENNE ENVAHIT LE KOWEÏT

Le 2 août, les troupes irakiennes envahissaient le Koweït. Saddam Hussein marchait ainsi dans les traces du général Kassem, premier dirigeant de l'Irak devenu indépendant en juin 1961. Ce dernier avait tenté alors d'obtenir un découpage des frontières différent de celui imposé par l'impérialisme britannique, qui avait pris soin de séparer la région du Koweït pour faire de cette ex-province irakienne un État indépendant, réduisant du même coup la façade maritime de l'Irak. En 1961, un positionnement rapide des forces britanniques avait suffi à dissuader Kassem de poursuivre sa tentative.

Les grandes puissances dénoncèrent immédiatement l'« invasion » du Koweït. Le 6 août, sous l'autorité de l'ONU, elles imposaient des sanctions économiques à l'Irak. Quoi qu'ait pu dire l'ambassadrice des États-Unis, il était désormais clair que Washington et ses alliés s'opposaient fermement à son initiative. Les dirigeants de la coalition entendaient rappeler à tous les dirigeants du Tiers Monde que les grandes puissances, et d'abord les États-Unis, étaient les seules à décider. Dès lors, le partenaire d'hier fut dénoncé par ses anciens mentors comme « le dictateur » ou « le nouvel Hitler » à mettre au pas.

Le 7 août, les États-Unis lançaient l'opération Bouclier du désert. Pendant les mois qui suivirent, les 34 pays mobilisés autour des États-Unis, dont la France et des pays de la Ligue arabe, accumulaient troupes et matériel militaire dans la région, mobilisant plus de 900 000 hommes, plus de deux cents navires, des milliers d'avions, d'hélicoptères, de chars et de pièces d'artillerie...

LA MARCHE A LA GUERRE

En novembre 1990, le secrétaire d'État américain James Baker négociait avec Gorbatchev la neutralité de l'URSS, en échange de promesses d'aide économique et de non-ingérence dans les revendications d'indépendance des Pays baltes et du Caucase. Le 29 novembre, le Conseil de sécurité de l'ONU fixait au 15 janvier 1991 l'ultimatum pour l'évacuation des troupes irakiennes du Koweït.

Le 3 janvier, le Congrès américain approuvait l'usage de la force contre l'Irak. Le 16, la déclaration du Premier ministre français Michel Rocard, prévoyant le recours à la force pour libérer le Koweït, était soutenue par 90 % du Parlement français. Dès le premier jour de l'opération Tempête du désert, l'aviation française participa aux bombardements aériens.

Pour la faire avaler à une opinion mondiale troublée par une escalade militaire démesurée, un jargon hypocrite se mit à fleurir dans les médias. Les bombardements devinrent des « frappes chirurgicales », pour suggérer que la précision des bombardements permettait d'épargner les civils. C'était un gros bobard comme chaque guerre en produit.

La réalité était tout autre. Tandis que les médias dupaient l'opinion en dénonçant les tirs poussifs des missiles Scud de l'Irak qui frappaient Tel-Aviv (Israël) et Riyad (Arabie saoudite), sans faire de victimes, les bombardements contre l'Irak, son armée et sa population civile s'intensifiaient. Dans la nuit du 12 au 13 février, un lâcher de bombes sur un abri de Bagdad fit plusieurs centaines de victimes, dont de nombreux civils. On parla, avec la même hypocrisie, de « dommages collatéraux ».

DE L'OFFENSIVE TERRESTRE ECLAIR A LA DEFAITE DE L'IRAK

Le 18 février commençait l'offensive terrestre. Elle fut rapide, un mois de bombardements intensifs ayant largement désorganisé l'armée irakienne. Une semaine plus tard, celle-ci en était réduite à enflammer des puits de pétrole pour tenter de ralentir ses adversaires. Le 28 février, les combats cessaient. Le 3 mars, un accord de cessez-le-feu temporaire était signé.

Le bilan était lourd. En 43 jours, la coalition avait déversé sur l'Irak plus de bombes qu'il n'en était tombé sur l'Allemagne en 1943. Selon les estimations, il y eut jusqu'à 100 000 soldats irakiens tués, pour 400 seulement du côté de la coalition.

Mais c'était pire pour les civils irakiens, avec 50 000 à 130 000 morts. En outre, les bombardements avaient détruit la plupart des infrastructures du pays : hôpitaux, installations électriques et services de distribution d'eau potable, provoquant des épidémies de gastroentérite, de choléra et de typhoïde. 100 000 civils seraient ainsi morts indirectement. Cinq ans après la fin de la guerre, l'Organisation mondiale de la santé enregistrait encore 1 300 cas de choléra. Les cas de typhoïde avaient été multipliés par quinze, la mortalité infantile par six.

La coalition impérialiste renonça alors à envahir l'Irak mais poursuivit sa pression par d'autres moyens, en particulier par l'encadrement des ventes de pétrole de l'Irak en échange de produits de première nécessité. Cette résolution de l'ONU, connue sous le nom de « Pétrole contre nourriture », fut mise en place en 1995. Menaces et pressions continuelles allaient aboutir, en 2003, à une nouvelle guerre entraînant, cette fois, la chute de Saddam Hussein et plongeant à nouveau la population dans un chaos dont elle n'est toujours pas sortie.

La guerre du Golfe de 1991 fut pour les États-Unis une occasion de réaffirmer leur hégémonie sur le monde. Pour donner quelque légitimité à ce qu'on appela alors le « nouvel ordre international », les États-Unis et leurs alliés choisirent d'intervenir avec la bénédiction de l'ONU (ils s'en passèrent en 2003). Forts de leur supériorité écrasante, ils entendaient châtier l'Irak, coupable d'avoir remis en cause, sans permission, les frontières dessinées par les puissances coloniales. Il s'agissait aussi de rappeler que les ressources naturelles, le pétrole notamment, appartenaient d'abord aux grandes puissances et à leurs multinationales.

Mais en 1991, contrairement à 2003, les États-Unis ne cherchèrent pas à abattre Saddam Hussein. Ils arrêtèrent la guerre avant d'avoir anéanti son armée, pour lui laisser la force de réprimer tout désordre intérieur. La guerre n'était pas terminée que déjà les États-Unis, comme ils avaient l'habitude de faire avec leurs amis dictateurs, laissaient le régime irakien réprimer la population qui se soulevait alors contre lui à Bassora dans le sud, puis dans le Kurdistan au nord. On vit alors les ennemis de la veille, Koweït et Arabie saoudite, fermer les frontières pour empêcher les insurgés d'échapper à la répression de Saddam...

Dès le jour de sa naissance, le « nouvel ordre international » montrait qu'il était identique à l'ancien !

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