Banquiers et patrons remboursent les aides publiques : L'État encaisse mais c'est la population qui va payer04/03/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/03/une-2222.gif.445x577_q85_box-0%2C8%2C173%2C232_crop_detail.png

Leur société

Banquiers et patrons remboursent les aides publiques : L'État encaisse mais c'est la population qui va payer

Le 24 février Éric Besson, désormais ministre de l'Industrie, a annoncé que les groupes PSA Peugeot Citroën et Renault allaient rembourser deux milliards d'euros, sur les 6 milliards d'euros que l'État leur avait avancés début 2009 pour, selon la version officielle, les aider à traverser la crise.

Les deux constructeurs avaient déjà remboursé deux milliards en septembre dernier et prévoient de rembourser les deux derniers milliards encore dus en avril. Le gouvernement se vante d'avoir réalisé dans l'opération d'aide aux constructeurs une bonne affaire : il y aurait gagné, en intérêts, 650 millions d'euros.

Du côté des banques, même son de cloche.

Mercredi 13 février le groupe BPCE (Banque Populaire-Caisses d'Épargne) annonçait qu'il allait finir de rembourser les 7,1 milliards d'euros reçus de l'État sous forme de participation au capital de la banque dans le cadre du « plan de sauvegarde du secteur bancaire » en octobre 2008. La BNP Paribas, le Crédit Mutuel, le Crédit Agricole et la Société Générale avaient déjà, parfois depuis longtemps, remboursé ce qu'ils devaient à l'État à ce titre. L'État aura ainsi récupéré au total les 19,1 milliards d'euros avancés. L'aide aux banquiers a pris aussi la forme de prêts garantis par l'État, distribués via une société créée pour l'occasion, la Société de financement de l'économie française (SFEF), qui a distribué aux banquiers au total 77 milliards d'euros de prêts à taux bonifiés.

Là encore, le gouvernement s'est vanté, non seulement de n'avoir rien perdu en venant ainsi au secours des banquiers, mais même d'avoir fait une bonne affaire. Il aurait ainsi encaissé par exemple, pour les 19,1 milliards d'euros remboursés, au total plus de 1,5 milliard d'intérêts.

Le gouvernement ferait-il ainsi payer les riches ? C'est évidemment un mensonge.

D'abord parce que l'argent prêté aux banques et aux industriels a été emprunté par l'État sur les marchés financiers : s'il lui a rapporté, il lui a aussi coûté. Les intérêts qu'il a encaissés d'un côté, il a dû les reverser de l'autre, au moins en partie, et peut-être d'ailleurs aux mêmes...

Les comptes ne sont en outre pas tout à fait soldés. Si, des six banques aidées par l'État, cinq semblent tirées d'affaire (du moins pour l'instant, car la crise est loin d'être terminée), la sixième, Dexia, n'a encore rien remboursé du milliard investi par l'État français en actions de la banque. Et si l'on en croit la presse spécialisée, elle serait encore assez mal en point : la moins-value de l'État aurait déjà atteint 675 millions d'euros. Qui va payer les pertes, sinon les contribuables ?

Enfin et surtout, les aides rendues publiques aux constructeurs automobiles et aux banquiers ne sont que la partie émergée de l'iceberg, qu'une toute petite partie des centaines de milliards d'euros qui, sous de multiples formes, ont servi depuis 2008 et servent encore aujourd'hui à sauver la mise aux banquiers, aux industriels et à préserver les revenus de la grande bourgeoisie.

La possibilité par exemple, donnée aux banquiers depuis 2009 d'emprunter sans limitation de montant auprès de la Banque centrale européenne, au taux de 1 %, des sommes qu'ils peuvent prêter à leur tour à 3 ou 4 %, voire 5 ou 6 % s'il s'agit d'États en difficulté, est sans doute pour beaucoup dans leur retour aux superprofits, dans une période où l'ensemble de l'économie s'enfonçait dans la crise.

Mais si les banques, comme les constructeurs automobiles, peuvent se vanter aujourd'hui d'avoir renoué avec les bénéfices à neuf zéros, le déficit du budget de l'État, lui, a continué à se creuser, passant de 38,4 milliards d'euros en 2007 à 148,8 milliards d'euros en 2010. Conséquence, la dette publique est passée de 921 milliards d'euros en 2007 à 1 229 milliards d'euros en 2010. À quoi a bien pu servir cet argent, alors que les services publics, la Sécurité sociale, le logement social, etc., sont de plus en plus réduits à la portion congrue, sinon pour l'essentiel à venir au secours des banquiers, des industriels et de la grande bourgeoisie qui, eux, crise ou pas, ne se sont jamais si bien portés ?

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