Maintien de la retraite à 60 ans, retour aux 37,5 ans de cotisation !13/10/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/10/une-2202.gif.445x577_q85_box-0%2C9%2C172%2C231_crop_detail.png

Leur société

Maintien de la retraite à 60 ans, retour aux 37,5 ans de cotisation !

La réforme Balladur de 1993 a porté progressivement la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein, sans décote, de 37,5 ans à 40 ans en 2004. La réforme Fillon, en 2003, a prévu de faire passer la durée de cotisation de 40 à 41 ans en 2012, à raison d'un trimestre de plus par an à partir de 2009. Elle a aussi instauré le principe d'un rallongement automatique de la durée de cotisation en fonction de l'allongement de l'espérance de vie à l'âge de 60 ans. En vertu de ce principe, et à partir des prévisions de l'Insee en matière d'espérance de vie, la durée de cotisation devrait être portée à 41,5 ans (166 trimestres) d'ici à 2020. La réforme Sarkozy n'a pas remis en cause ce principe, mais elle en a modifié les modalités d'application.

Alors que la réforme de 2003 avait prévu de réviser la durée de cotisation en fonction de l'espérance de vie tous les quatre ans, celle de Sarkozy prévoit de le faire chaque année. Les futurs retraités en seront informés quatre ans avant d'avoir atteint 60 ans : la loi précise que les assurés nés à compter du 1er janvier 1955 seront informés dès l'âge de 56 ans de la durée de cotisation qui sera exigée d'eux pour avoir droit à une retraite à taux plein. Quant aux assurés nés en 1953 et 1954, qui ont déjà dépassé leur 56e année, la loi a prévu qu'ils seraient fixés avant la fin de l'année 2010.

L'allongement de la durée de cotisation depuis 1993 s'est traduit pour un grand nombre de salariés par un recul de l'âge de départ à la retraite au-delà de 60 ans. Une étude de la direction de la Recherche du ministère de la Santé a montré que le fait d'ajouter une année supplémentaire de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein s'est traduit en moyenne, pour les salariés ayant effectué une carrière complète, par un report de huit mois de la cessation d'activité. Mais la mesure s'est aussi traduite, pour tous les salariés qui n'ont pu réunir le nombre d'annuités demandées - et il s'agit surtout de femmes - par une baisse importante du montant des pensions. Dans l'avenir, l'augmentation régulière des annuités de cotisation prévue par le gouvernement pénaliserait particulièrement les jeunes, qui entrent de plus en plus tard dans la vie active et qui, année après année, risqueraient de voir reculer régulièrement l'âge auquel espérer bénéficier d'une retraite à taux plein.

Pourtant, cet aspect de la réforme des retraites passe pratiquement inaperçu. Il faut dire qu'il fait l'objet d'un assez large consensus, même à gauche. Le Parti Socialiste comme la CFDT, pour ne citer qu'eux, ne se cachent pas d'y être favorables. La porte-parole du Parti Socialiste, lors du débat sur la réforme des retraites à l'Assemblée nationale, après avoir expliqué que les socialistes « ne pouvaient pas ne pas tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie », proposait, face au gouvernement dont le projet prévoit de répercuter les deux tiers des gains d'espérance de vie sur la durée de cotisation, de n'en répercuter que la moitié... Quant à la CFDT, elle s'est bornée lors de son dernier congrès à réclamer que les gains d'espérance de vie fassent l'objet d'un « partage équilibré entre durée de cotisation supplémentaire ouvrant droit à une retraite à taux plein et temps de retraite supplémentaire ».

L'allongement programmé de la durée de cotisation ouvrant droit à une retraite complète n'est pourtant ni moins injuste, ni moins pénalisant pour les futurs retraités que le passage de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans, et il doit être combattu au même titre.

D'abord, parce qu'il n'y a aucune raison pour que l'allongement de l'espérance de vie doive se traduire par un allongement de la durée de vie au travail. Les progrès de la productivité du travail devraient et pourraient au contraire permettre de la réduire.

Mais surtout parce que l'argument repose sur un mensonge. Le but du gouvernement, ce n'est pas de faire travailler plus, mais de payer moins de retraites. Et dans le contexte actuel d'explosion du chômage, et en particulier du chômage des vieux travailleurs, le résultat de l'allongement de la durée de cotisation sera surtout, pour les salariés concernés, d'allonger leur durée de vie au chômage et de diminuer la retraite qu'ils pourront percevoir.

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