Loi Nome sur l'électricité : Hold-up en préparation30/09/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/10/une2200.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Loi Nome sur l'électricité : Hold-up en préparation

Pour qualifier ce qui est en train de se préparer avec la discussion au Sénat de la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l'électricité) déjà adoptée discrètement en juin par l'Assemblée nationale, les syndicats d'EDF, CGT en tête, parlent de « hold-up ». C'est exactement l'expression qui convient.

Depuis l'ouverture du marché de l'électricité à la « libre concurrence », celle-ci n'a jamais véritablement fonctionné pour la bonne raison qu'EDF est la seule propriétaire des centrales nucléaires, qui fournissent environ 80 à 85 % de l'électricité du pays, à un prix de revient nettement inférieur à pratiquement tous les autres.

Parmi les entreprises concurrentes, que ce soit GDF-Suez, qui possède pourtant des centrales nucléaires en Belgique, ou les minuscules entreprises que sont Poweo et Direct Énergie, aucune n'a les reins assez solides pour construire la moindre centrale nucléaire en France. Donc il n'y a pas de concurrence réelle, ce qui en fait ne gène en rien les consommateurs.

En revanche, cela pourrait entraîner la faillite de Poweo, par exemple, qui est en difficulté financière car, malgré toutes ses tentatives pour débaucher des usagers d'EDF, elle n'a pas réussi à gagner grand monde excepté des gens à l'affût de petites « combines » mais qui s'avèrent ensuite... des mauvais payeurs pour Poweo !

Devant cette concurrence inexistante, la Commission de Bruxelles, reprenant les conclusions du rapport (français, lui) de Paul Champsaur, préconise qu'EDF soit obligée de vendre à prix coûtant une partie (25 %) de sa production d'électricité d'origine nucléaire à ses concurrents.

Cette décision (c'est celle-là que discute le Sénat) est aberrante du point de vue de la « libre concurrence » dont se réclament ses promoteurs. Obliger un fournisseur à vendre ses produits à prix coûtant à des concurrents, ce n'est plus de la concurrence, c'est du pillage.

Les autorités françaises prétendent qu'elles sont bien obligées de s'aligner sur Bruxelles. Elles n'ont pourtant pas le même acharnement dans la discipline communautaire lorsqu'il s'agit des Roms par exemple...

Mais il existe une autre raison qui permet véritablement de parler de hold-up, c'est que les centrales nucléaires ont été intégralement financées par les usagers, en payant plus cher leurs factures. En effet, l'État n'a jamais investi le moindre centime dans les centrales nucléaires. C'est EDF qui a dû emprunter des sommes colossales (se trouvant à certains moments l'entreprise la plus endettée du pays) remboursées ensuite par les usagers.

Autrement dit, si les centrales appartiennent à quelqu'un, c'est d'abord à eux, et pas en tout cas aux entreprises concurrentes, Poweo, Direct Énergie ou même GDF-Suez. Il n'y a aucune raison de leur faire cadeau de ce qu'ont financé les usagers depuis des décennies.

L'affaire n'est pas encore bouclée, officiellement en tout cas, car il reste à déterminer à quel prix sera vendu le courant nucléaire aux concurrents d'EDF. En effet, comment déterminer le « prix coûtant » ? Est-ce qu'il inclut aussi des prévisions financières sur les démolitions futures des centrales ?

En tout cas la philosophie du projet est de permettre aux concurrents d'EDF d'acheter du courant à bas prix pour pouvoir le vendre plus cher, en gagnant de l'argent au passage. C'est du pur et simple parasitisme qui entraînera, pour qu'il puisse fonctionner, un relèvement des prix.

Pour le moment on en est à la loi Nome, mais demain il faut s'attendre à une fin des tarifs régulés, entraînant le relèvement des prix du courant électrique.

Et pendant ce temps, les tenants du capitalisme, du « libéralisme » continuent d'expliquer que la concurrence entraîne... la baisse des prix ! Où ça ? Sur la lune ?

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