Espagne : Les leurres de la loi d'amnistie de 197721/04/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/04/une2177.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Espagne : Les leurres de la loi d'amnistie de 1977

Le « pacte du silence » ou « pacte d'oubli » est cet accord tacite scellé par l'ensemble des partis politiques espagnols dans les années qui suivirent la mort de Franco pour ne pas remettre en cause le passé.

En 1975, Franco avait, juste avant sa mort, désigné le roi Juan Carlos comme son successeur. Mais, après quarante ans de dictature, une grande partie de la classe politique avait compris que la libéralisation organisée du régime était le meilleur choix pour les intérêts de la bourgeoisie, qui comptait d'ailleurs intégrer la Communauté européenne. Elle agit donc pour opérer une transition en douceur, une « transition démocratique », comme elle l'a appelée.

Les forces politiques issues du franquisme, ralliées à une évolution vers un régime parlementaire, négocièrent avec les partis de gauche. On ouvrit les prisons, les exilés purent revenir en Espagne, les crimes politiques furent amnistiés. Il fallait, disait-on, « oublier » pour assurer l'avenir. Effacer le passé et ses atrocités commises par l'État franquiste. Le dernier parti politique à être légalisé fut le Parti Communiste Espagnol, en avril 1977. En juin, des élections furent organisées, auxquelles tous les partis politiques purent participer. L'Assemblée constituante ainsi élue vota la loi d'amnistie de 1977, celle qui est évoquée aujourd'hui. La plupart des groupes - et tous ceux de gauche - votèrent cette loi qui constituait, selon eux, un instrument de « réconciliation nationale ». Elle visait en réalité à garantir la paix sociale pour la bourgeoisie.

En contrepartie des mesures d'amnistie déjà en vigueur, la loi était destinée à instaurer l'impunité pour les actes de violence institutionnelle effectués sous la dictature. En réalité, elle interdisait de juger les crimes franquistes. Ce fut donc une sorte de « point final » sur ce passé qu'acceptèrent les dirigeants de gauche, déjà prêts à faire allégeance à la monarchie intronisée par Franco.

Cette transition permit le passage sans dérapage d'une dictature à un régime parlementaire présentable, sans même que les dirigeants des principales institutions civiles et militaires héritées de la dictature soient écartés. La gauche, au gouvernement ou pas, a continué à cautionner cette politique. En 2001 Felipe Gonzalez, ancien président socialiste du gouvernement espagnol, la justifiait en ces termes : « Nous avons décidé de ne pas parler du passé. Si c'était à refaire, (...) je le referais. »

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