Indonésie : Victimes du séisme, du sous-développement et... de la corruption07/10/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/10/une2149.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Indonésie : Victimes du séisme, du sous-développement et... de la corruption

Moins d'une semaine après le séisme de magnitude 7,6 qui a englouti, le 30 septembre, au moins un millier de personnes dans le district de Padang-Pariaman, à l'ouest de l'île de Sumatra, en Indonésie, les recherches ont été abandonnées, les pluies torrentielles les rendant encore plus difficiles.

Le tremblement de terre a fait s'effondrer des centaines de constructions et bâtiments publics, et les coulées de boue consécutives ont rayé de la carte quatre localités, dans un secteur très peuplé - la ville de Padang compte 900 000 habitants. Des immeubles, des ponts, des hôpitaux sont réduits en poussière. Des villages ont été recouverts par 30 mètres de terre et les autorités indonésiennes évaluent à plus de 3 000 le nombre de disparus. Quant aux sans-abri, ils se comptent par centaines de milliers, au moment où une crise sanitaire menace.

Le chantier de la reconstruction a été lancé, le gouverneur de la région s'étant engagé à « renforcer les normes de construction » et les exigences préludant à la délivrance de permis dans cette zone d'activité sismique intense. Mais il n'y a pas de quoi rassurer les habitants, pour beaucoup encore préoccupés de creuser pour trouver les corps de proches. Car la loi existe mais, à en croire un scientifique indonésien, « il manque surtout la détermination de la faire appliquer ». Cette fois encore, des écoles et des hôtels se sont écroulés, piégeant leurs occupants, malgré les normes et les lois. Des habitants dénoncent les matériaux de mauvaise qualité, peu onéreux, utilisés par les promoteurs, et la Croix-Rouge estime que, sur les centaines de milliers de maisons endommagées, 90 000 sont inhabitables. 887 bâtiments scolaires sont également hors service, ce qui, selon le ministre de l'Éducation, n'a rien à voir avec la corruption mais seulement avec l'intensité du séisme. Pourtant le séisme de San Francisco en 1906, à une époque où la prévention des risques sismiques était tout juste balbutiante, d'une magnitude de 8,2 sur l'échelle de Richter, donc beaucoup plus fort que celui de Padang, ne fit qu'environ 3 000 morts sur les 410 000 habitants de la ville.

Sur les trois milliards de dollars nécessaires à la reconstruction, selon le gouvernement, 600 000 auraient été débloqués. Mais les fonds « passent entre les mains du maire, du chef de district... Ils se réduisent et, à la fin, il ne reste presque rien », constate une habitante. Et surtout, un nouveau séisme encore plus puissant est attendu par les sismologues, dans cette région côtière de l'océan Indien ; les téléspectateurs francophones ont pu les entendre annoncer l'évidence d'une catastrophe au cours de l'émission Thalassa. Mais le peu qui est fait pour en préserver les habitants est le fait d'associations privées, dotées de bonne volonté mais de moyens dérisoires, qui entraînent les enfants des écoles à se protéger la tête de leur cartable...

À quelques milliers de kilomètres de là, digues, remblais, portes portuaires, constructions antisismiques, aires de rassemblement dans les quartiers urbains, arrêt automatique des centrales nucléaires et des TGV, et même avertissements lancés par téléphone portable constituent, dans un pays à risque sismique également élevé, le quotidien de la prévention : mais on est au Japon...

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