Contre la privatisation de La Poste, les urnes et la supplique à Sarkozy n'ont pas le pouvoir de changer le rapport de forces07/10/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/10/une2149.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Contre la privatisation de La Poste, les urnes et la supplique à Sarkozy n'ont pas le pouvoir de changer le rapport de forces

Avec deux millions de votants, la « votation citoyenne », organisée dans plusieurs milliers de mairies, pour ou contre le changement de statut de La Poste annonçant sa privatisation, a été un succès.

Et maintenant ?

L'objectif que ses initiateurs ont donné à la consultation est de demander à Sarkozy un référendum sur la question. Et si Sarkozy le refuse ?

La nouvelle loi constitutionnelle, votée en 2008, a certes prévu la possibilité de « référendums d'initiative populaire ». Un référendum peut être demandé par un cinquième des députés soutenus par un dixième de l'électorat, quatre millions et demi d'électeurs. Mais cette loi n'est pas entrée en vigueur faute de texte d'application. La mobilisation autour des urnes qu'a été la « votation citoyenne » se trouve donc, malgré son succès, dans une impasse, du moins si elle reste sur ce seul terrain.

Le Comité national contre la privatisation de La Poste a choisi la forme d'agitation qui, en soumettant la question de la privatisation à un référendum, a remis la décision entre les mains de Sarkozy. Celui-ci n'a aucune raison d'être impressionné par le verdict des urnes de la « votation citoyenne ». Sans parler de toutes les manipulations possibles, même si le référendum était accepté.

Derrière son apparence démocratique, un référendum est un moyen pour ceux qui gouvernent de faire entériner leurs propres décisions. Bien sûr, ils peuvent se tromper dans leurs calculs. On en a eu l'illustration en France lors du référendum sur le projet de Constitution européenne en 2005. La majorité de l'électorat avait repoussé le projet. Qu'à cela ne tienne ! Le gouvernement a fini par faire voter un texte identique sur le fond par le Parlement à sa botte. En Irlande, où la majorité avait également voté « non » une première fois, on a remis ça une deuxième fois pour que le « non » devienne un « oui ».

Les électeurs des classes populaires qui ont participé à cette « votation citoyenne » l'ont fait pour exprimer leur désaccord, non seulement avec le projet de privatisation de La Poste, mais aussi avec tout ce qui a conduit à la dégradation du service public postal.

Séparer le service postal des télécommunications, transformer La Poste en « société industrielle et commerciale », ouvrir un nombre croissant de services à la concurrence du privé, imposer la recherche de rentabilité à la place de la qualité de service : voilà des mesures qui ont déjà conduit à la suppression d'un tiers des bureaux de poste, à une réduction brutale du nombre des postiers, à des suppressions de tournées de distribution, aux queues qui s'allongent devant les guichets.

Les ministres qui jurent, la main sur le coeur, qu'ils tiennent au service public postal sont de fieffés menteurs. Mais dénoncer la fourberie du gouvernement ne doit pas faire oublier que quelques-unes des mesures qui constituent les étapes de la marche vers la privatisation ont été prises sous des gouvernements de gauche. Et lorsque l'ex-Premier ministre Fabius se pose aujourd'hui comme un des chefs de file du combat contre la privatisation, on est en droit de se dire qu'avec de tels « amis » le service public n'a pas besoin d'ennemis ! À défaut de pouvoir contraindre le gouvernement actuel à abandonner son projet, la « votation citoyenne » aura servi à blanchir les partis de la gauche gouvernementale de leurs responsabilités passées et à les cautionner pour l'avenir.

Les services publics, malgré leurs limites dans une économie où la recherche du profit est reine, font partie des conditions d'existence des classes populaires. Il faut s'opposer à ce qu'ils soient livrés au privé. Mais, contre la classe capitaliste qui inspire la politique des gouvernements et qui se moque éperdument des intérêts de la population, des astuces référendaires sont inefficaces.

Elles ne changent en rien le rapport de forces. Seule le peut la mobilisation du monde du travail pour imposer au patronat ses exigences vitales : l'interdiction des licenciements, la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire, l'augmentation et l'échelle mobile des salaires. C'est avec une mobilisation assez puissante pour contester la dictature de la classe capitaliste sur l'économie, qu'elle conduit à la ruine, que la défense du service public cessera d'être un simple slogan électoral.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 5 octobre

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