Clearstream : Les pieds-nickelés de la falsification23/09/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/09/une2147.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Clearstream : Les pieds-nickelés de la falsification

Personne n'est assez naïf pour croire que la « vérité » sur l'affaire Clearstream sortira du procès qui vient de s'ouvrir au Palais de justice de Paris. Cette affaire fut l'épisode le plus rocambolesque de la lutte entre les deux héritiers putatifs de Chirac à la présidence, Sarkozy et de Villepin.

Cela commence comme une aventure des Pieds Nickelés. En 2003, Imad Lahoud, mathématicien et escroc sortant de prison mais ayant conservé de belles relations dans les ministères et au RPR, parvient à convaincre le général Rondot, spécialiste du renseignement et conseiller de plusieurs ministres en la matière, qu'il peut débusquer Ben Laden. Faisant honneur à la sagacité de l'armée française, Rondot le croit sur parole et lui permet d'avoir accès à des documents de la banque Clearstream d'une part et de se faire embaucher à la direction d'EADS d'autre part. Lahoud y rencontre Gergorin, vice-président du groupe et inventeur de complots à ses heures lui aussi. C'est ce trio de joyeux potaches qui a diffusé en 2004 un listing de comptes de la société luxembourgeoise Clearstream faisant apparaître que Sarkozy et quelques dizaines d'autres avaient des comptes au Luxembourg alimentés par de l'argent sale.

L'affaire aurait pu finir au tribunal des flagrants délires si elle n'avait pas déjà impliqué un certain nombre de hauts fonctionnaires et de ministres. Soit qu'ils aient cru aux fariboles du trio endiablé, ce qui ne serait pas la première fois, soit qu'ils aient voulu s'en servir pour torpiller un concurrent. S'agissait-il d'une manoeuvre de Villepin pour barrer la route de Sarkozy ? Chirac et d'autres étaient-ils au courant ? Ou bien est-ce au contraire Sarkozy qui en a profité pour essayer de discréditer un Villepin blanc comme neige ? Ou bien, et plus probablement, est-ce une suite de coups tordus où une chatte innocente ne retrouverait pas ses petits ?

Pendant que l'affaire Clearstream suivait son tortueux cours judiciaire, Sarkozy a finalement remporté l'élection présidentielle. Mais il a, semble-t-il, la rancune tenace. Villepin, de son côté, se veut le recours de la droite et compte sur le procès pour se remettre en selle. Aussi se retrouvent-ils aujourd'hui être les principaux protagonistes du procès.

Dans ce match de catch Villepin joue le bon, l'innocent outragé, l'homme seul poursuivi par la vindicte du puissant. Sarkozy assume le rôle du méchant, celui qui achève les combattants blessés. Et il faut bien avouer que ce dernier tient la scène avec plus de naturel que son adversaire...

La rivalité entre hommes au service de la même classe et pratiquant la même politique n'a rien de bien nouveau. Naguère ce genre de petits coqs se battaient en duel, ce qui avait au moins l'avantage de régler l'affaire une bonne fois pour toutes.

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