États-Unis : Obama se heurte aux compagnies d'assurances mais ne prend pas en compte les besoins des classes populaires02/09/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/09/une2144.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

États-Unis : Obama se heurte aux compagnies d'assurances mais ne prend pas en compte les besoins des classes populaires

Obama a fait de la réforme du système de santé une priorité de son mandat. Il s'agit d'une part que les 47 millions d'Américains qui n'ont pas de couverture médicale en aient désormais une et d'autre part de faire des économies sur des dépenses de santé qui sont de plus en plus lourdes.

Une réforme qui passe mal

Mais pour l'instant les différents projets qui se discutent et se négocient depuis des semaines à la Chambre des représentants et au Sénat n'ont pas encore abouti à un projet définitif et ils font tous l'objet d'une intense campagne de dénigrement de la part du Parti Républicain soutenu en cette occasion par les assurances médicales privées.

Les critiques les plus outrancières ont été répétées à satiété à coup de publicité payante à la télévision et bien sûr lors de manifestations à l'occasion de la tournée qu'Obama a faite dans le pays pour défendre sa réforme. Obama a été accusé de vouloir réaliser le socialisme aux États-Unis en nationalisant le système de santé ! La campagne des Républicains a affirmé qu'une commission nommée par le gouvernement pourrait décider d'euthanasier les personnes dont les soins sont trop coûteux ! Les handicapés seraient condamnés, les personnes âgées verraient leurs soins rationnés. Obama a dû ainsi se défendre de « vouloir débrancher grand-mère » !

Malgré tous ses efforts, Obama n'a pas réussi à rétablir la confiance dans son projet, y compris parmi les électeurs démocrates, et sa cote de popularité a subi une forte chute cet été.

Les grandes lignes du plan

Pour couvrir ceux qui n'ont pas d'assurances-maladie, Obama envisage d'une part d'étendre aux plus pauvres d'entre eux, quelque 10 à 15 millions de personnes, le programme Medicaid qui est une assurance payée à la fois par l'État fédéral et par les différents États. Quant aux trente millions de personnes non assurées restantes, il veut les obliger à payer pour une assurance médicale, alors justement que la plupart ne sont pas assurées parce qu'elles n'ont pas les moyens de payer ! Celles qui ne s'assureront pas auront tout de même à acquitter une amende ! Certes, il est question de donner un petit quelque chose pour aider certaines personnes à payer, l'essentiel restant tout de même à leur charge. L'idée a été d'abord retenue de mettre sur pied une assurance médicale publique qui ferait concurrence aux assurances privées en les obligeant ainsi à baisser leurs tarifs. Enfin il se pourrait que les entreprises qui payaient une assurance maladie à leurs salariés soient dégagées de cette obligation dont elles prétendent que cela leur coûte beaucoup trop cher (9,9 % de la masse salariale), les tarifs des compagnies d'assurances ayant augmenté beaucoup plus vite que les salaires.

Tous ces projets ont suscité un tollé. L'extension de Medicaid qui serait financée dans un premier temps par le budget fédéral devrait ensuite être co-financée par les États, ce qui suscite l'indignation des gouverneurs qui affirment que leur État est déjà au bord de la faillite. Les Républicains, fortement soutenus par les assurances privées, se sont lancés dans une campagne forcenée contre l'immixtion de l'État dans la vie privée des citoyens au point qu'Obama n'est plus aussi sûr qu'il faille introduire un système d'assurance publique. En tout cas, il a affirmé que ce n'était pas essentiel pour sa réforme ! Mais le plus frappant est l'écho que cette propagande qui parait délirante a reçu dans la population et en particulier parmi les personnes âgées.

L'envers de la médaille

Comme on le voit, il ne s'agit en aucun cas d'une refonte globale du système, mais seulement une obligation pour tous de s'y intégrer, une obligation qui leur coûtera cher et tous n'auront pas les moyens d'y faire face, même avec l'aide des finances publiques. Pour celles-ci la note sera aussi très lourde puisqu'une estimation la chiffre à mille milliards de dollars sur 10 ans. Et cela pour le plus grand bénéfice des assureurs privés.

Or Obama n'a cessé de répéter que le coût du système de santé était intenable et que sa « réforme » visait à faire des économies. Il n'est pas difficile de comprendre qu'en gardant le même système d'assurance maladie et en l'étendant à tous, le coût ne peut qu'en être augmenté sauf si on rogne sur le financement de ce qui existe déjà. C'est ce qu'ont bien compris les personnes âgées qui bénéficient d'une assurance médicale fédérale, appelée Medicare, sur laquelle Obama a affirmé à plusieurs reprises qu'on pouvait réaliser de substantielles économies. Il serait question de rogner quelque 200 milliards sur ce programme. Quelque 10 millions de personnes seraient concernées par le type d'économies envisagées et leur inquiétude est bien compréhensible.

En fait, la campagne antiréforme dont les buts sont ultra-réactionnaires rencontre un terrain favorable dans la méfiance de la population laborieuse envers les « réformes » destinées à réaliser des économies. Méfiance bien justifiée par l'expérience que les économies, ce sont toujours les mêmes qui en font les frais et certainement pas les plus riches.

Une équipe qui suscite la méfiance

L'équipe qui pilote la réforme voulue par Obama n'est pas faite pour rassurer. Celle qui dirige le Bureau de la réforme de santé mis sur pied pour Obama à la Maison-Blanche, Nancy-Ann DeParle, a déjà sévi en 1997 sous Clinton, à la tête du financement de l'assurance-maladie fédérale, en introduisant des modalités qui permirent aux compagnies d'assurances privées de soutirer des milliards de dollars supplémentaires au programme de Medicare. Elle a aussi conseillé le goupe JP Morgan dans ses investissements dans le domaine de l'assurance médicale. Elle a travaillé avec des laboratoires pharmaceutiques et des hôpitaux privés. Bref, c'est une spécialiste des profits privés réalisables dans le domaine de la santé.

Et puis Obama a choisi comme éminent conseiller en la matière un médecin que la campagne des Républicains a traité cet été de « docteur de mort » en produisant des citations tronquées de ses écrits. Il s'agit du docteur Ezekiel J. Emanuel, le frère du chef de cabinet d'Obama, cancérologue et bioéthiste qui s'est spécialisé dans l'étude des cas de conscience lorsqu'il s'agit de choisir les patients qui seront traités en cas de pénurie de traitement ; il a écrit aussi sur l'accompagnement de la fin de vie. De là la campagne à propos des grand-mères qui seraient débranchées et des handicapés qui n'auraient plus droit aux traitements. Évidemment ce docteur n'a jamais dit cela, mais il est néanmoins partisan d'un système autorisant ou non l'utilisation de tel ou tel matériel médical ou de tel ou tel médicament pour tel ou tel patient en fonction du rapport qualité/prix, un système qui existe déjà, hélas, en Grande-Bretagne sous le nom trompeur de National Institute for Health and Clinical Excellence, NICE (beau, agréable, en anglais) ! Il n'en a pas fallu plus pour alimenter les outrances de la propagande républicaine et... l'inquiétude des futurs patients !

Obama veut permettre à tous ceux, assurances, hôpitaux privés, laboratoires, fabricants de matériel médical, de continuer à faire des profits éhontés grâce aux patients et au financement public, en leur offrant même un nouveau marché de millions de futurs assurés. Il ne pourra pas à la fois offrir une couverture médicale correcte et à la hauteur des progrès de la médecine à l'ensemble de la population et réaliser des économies pour le budget fédéral. Non, ce qui est certain c'est que si Obama réussit à faire voter une loi, l'ensemble de la population paiera cher pour des prestations très minimum et seuls ceux qui ont les moyens de se payer des assurances privées fort chères auront accès à des soins de qualité. Rien dans les projets d'Obama ne justifie que la population lui fasse confiance.

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