Aéroport de Roissy : Ceux qui partent et ceux qui restent22/07/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/07/une2138.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Aéroport de Roissy : Ceux qui partent et ceux qui restent

Quand on pense à l'aéroport de Roissy durant la période des vacances, période de grands départs, on pense évasion et destinations lointaines. Mais pour ceux qui travaillent à l'aéroport, bagagistes, hôtesses d'accueil ou agents de sûreté, c'est une des pires périodes de l'année.

Dans l'aérogare, si le public ne distingue pas les uniformes et peut croire que tout le monde travaille pour ADP (Aéroport de Paris) ou une grosse compagnie comme Air France, en réalité, tout est sous-traité : les bagages, le gardiennage, le nettoyage et l'approvisionnement des avions, le contrôle et la fouille des passagers (la sûreté), et jusqu'au transport du personnel des parkings à l'aérogare et même de l'aérogare aux avions ! C'est l'occasion pour ADP ou les compagnies aériennes de mettre en concurrence diverses sociétés, de sous-traiter les marchés, au moindre coût, et d'imposer des conditions de travail et des salaires les plus bas possibles.

Cela se traduit par bien des aspects.

D'abord, l'aéroport, il faut y aller ! Pour qu'un avion décolle à 6 h du matin, il faut être en place au moins deux heures avant. Et naturellement, à cette heure-là, pas de transport, si ce n'est des bus de nuit qui mettent des heures à faire le tour de la zone. En voiture, c'est à peine mieux, car bien évidemment, les parkings du personnel sont loin de notre lieu de travail. Il faut alors reprendre une navette et traverser ensuite toute l'aérogare pour aller pointer, puis rejoindre notre poste. Un temps de trajet qui n'est pas compté en temps de travail.

Or le temps de travail lui-même a tendance à s'allonger. Dans la société de sûreté ICTS par exemple, au poste d'inspection filtrage, celui où l'on contrôle les passagers et les bagages juste avant l'embarquement du terminal 2E, la direction a prévu pour le mois de juillet des plannings de 10 ou 11 heures d'affilée. Il faut imaginer ce que cela veut dire, accueillir les passagers, en fouiller certains, palper, ouvrir des sacs, 10 ou 11 h de rang. Car chaque fouille ou palpation, cela veut dire autant de fois se baisser, se relever, etc. Flexion, extension, si on était au Club Med ou à Gymnase club pourquoi pas, mais au boulot, et plus 10 heures de rang, on est mort.

Et à l'étage en dessous, pour les bagagistes, c'est encore pire. Sur un vol de 200 passagers, à 20 kilos de bagages chaque, les deux bagagistes chargés du vol manipulent 4 tonnes de bagages. Comme on charge et décharge en moyenne 4 vols par jour, cela fait chacun 8 tonnes dans les bras à la fin de la journée !

Bon, on a la gym et la muscu ; il ne manque plus que le sauna. Eh bien on l'a aussi, quand certaines compagnies exigent qu'on fasse un contrôle supplémentaire dans la passerelle d'accès à l'avion. Comme la température monte rapidement à 40°, on se dit parfois que si ça continue, il n'y aura plus besoin de demander aux passagers de se déshabiller !

Avec l'affluence, il arrive encore plus souvent que des avions atterrissent en retard. Mais cela ne change rien pour les compagnies qui veulent qu'ils repartent à l'horaire prévu. Du coup, toutes les opérations (déchargement, chargement, bagages, approvisionnement, ménage) doivent se faire en un temps record. Et les pressions retombent sur le personnel. Car le temps de stationnement coûte cher. Et ils sont prêts à nous faire crever pour ne pas payer plus.

On le voit, départs en vacances = aéroport surchargé = plus de voyageurs et de bagages, plus d'enregistrements, de manutentions, de contrôles, de stress et de fatigue. Et ni Aéroport de Paris ni les compagnies n'ont prévu quoi que ce soit pour nous éviter ce surcroît de fatigue... juste des coffres plus grands pour stocker l'afflux de bénéfices.

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