Football : L'art de la relance25/02/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/02/une2117.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Football : L'art de la relance

Le Sénat et la Chambre des députés ont voté en urgence, dans le cadre du plan de relance gouvernemental, des lois modifiant le cadre juridique du football professionnel, la gestion des stades, leur exploitation par des sociétés privées, leur droit de sous-louer des emplacements à des sociétés purement commerciales.

Ce vote est le début de la concrétisation du rapport Seguin, datant de novembre 2008. Sous couvert de préparer la coupe d'Europe de football de 2016, il vise à mettre en place des mesures propres à rentabiliser l'organisation des grandes manifestations sportives.

Pour l'instant, ce sont surtout les chaînes de télévision qui tirent profit des compétitions sportives. Mais l'exemple des autres pays montre que la propriété privée des clubs sportifs et de leurs installations peut aussi rapporter beaucoup d'argent, à condition de savoir s'y prendre.

Le rapport Seguin, maintenant entériné par le Parlement, préconise donc la construction de stades qui soient des « lieux de vie », c'est-à-dire, suivant une certaine conception de la vie, des lieux où les propriétaires ratissent l'argent des chalands. Et pas seulement celui des supporters des milieux populaires, mais aussi celui, combien plus intéressant, de la clientèle fortunée et des invités des entreprises qui devront pouvoir disposer de loges réservées, de toutes les commodités, de salles de réunions, d'entrées particulières, etc.

Pour construire ces nouveaux stades, en particulier ceux de Lyon et Lille qui sont d'ores et déjà à l'étude, la nouvelle loi propose une subtile répartition des tâches entre le public et le privé : les collectivités territoriales se chargeront de fournir le terrain et de construire les voies d'accès pour des dizaines de milliers de spectateurs, les parkings, les transports en commun, etc. Le privé se réservera la construction et l'exploitation du stade dont il sera propriétaire.

De plus la qualification d'investissement « d'intérêt général », désormais sanctionnée par le Parlement, ainsi que l'inclusion dans le plan de relance, permettront à l'exploitant du stade de recevoir des subventions publiques. Seguin proposait en outre d'abaisser les impôts des sociétés organisatrices de manifestations sportives et certifiait qu'elles pourront bénéficier de l'exonération de la taxe foncière, de la taxe d'équipement et de la taxe professionnelle. Nul doute que les parlementaires ne s'arrêteront pas en si bon chemin et accorderont ces dérogations.

Une seule des préconisations du rapport Seguin est encore en suspens, celle qui prévoit la « création d'un fonds de garantie contre l'aléa sportif » capable de protéger les intérêts des investisseurs... en cas de défaite de leur équipe. Le secrétaire d'État aux sports, qui dit avoir gagné deux mois en faisant passer ses lois en urgence, y travaille sûrement.

Investissement sans risque organisé clés en main par l'État, pillage des fonds publics, profits garantis : ce sera vraiment le stade (de foot) suprême du capitalisme.

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