Affaire Madoff : Financiers sans contrôle30/12/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2009/01/une2109.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Affaire Madoff : Financiers sans contrôle

Le 11 décembre, le financier américain Madoff révélait qu'il avait escroqué ses clients pour un montant de cinquante milliards de dollars. Les intérêts qu'il leur avait payés pendant des années étaient tout simplement prélevés sur l'argent fourni par les nouveaux investisseurs. Les capitaux sont donc partis en fumée.

Ce montage, connu depuis l'invention du prêt à intérêt sous le nom de pyramide, s'écroule forcément le jour où, la confiance disparaissant, les nouveaux investisseurs ne viennent plus et les anciens réclament qu'on les rembourse. Mais en attendant Madoff a réussi à escroquer des fonds de placements, des grandes banques, comme la BNP, la Caisse d'Épargne et ses filiales, etc., et de riches particuliers. Attirés par le gain, ils ont cru aux mensonges de Madoff, et finalement perdu.

Au fond ce qu'a fait Madoff est à peine pire que ce que font la plupart des financiers, banques, fonds de placements et autres qui promettent aux gogos qui confieront leur argent à la Bourse qu'ils y gagneront à tous les coups. C'est ce qu'a fait l'homme d'affaires français Thierry de la Villehuchet qui, se sachant ruiné ainsi que sa femme et des proches qui lui avaient confié leur argent, s'est suicidé dans son bureau à New York. Ce monsieur, avant de sévir aux États-Unis, avait travaillé pour différentes banques françaises, d'abord pour Paribas, puis avait ouvert le bureau new-yorkais du Crédit Lyonnais Securities, fonds d'investissement qui spécula dans les « junk bonds », les obligations pourries. Il a ensuite créé Access International qui levait des capitaux en Europe pour les confier à des gestionnaires de fonds comme Madoff.

Maintenant les grandes banques américaines et européennes s'en prennent à l'autorité américaine de régulation financière, l'accusant de ne pas les avoir prévenues de la malhonnêteté de Madoff. Elles sont pourtant bien placées pour savoir que la différence entre un financier « honnête » et un escroc est souvent bien ténue. D'autant plus que les capitalistes de la finance, qui vivent en partie aux dépens de ceux qui leur font confiance, refusent par principe tout contrôle sur leurs affaires.

De riches investisseurs français prétendent aussi qu'ils avaient déposé leurs fonds chez Madoff « à l'insu de leur plein gré ». En effet ils croyaient, disent-ils, avoir acheté des titres d'une société financière luxembourgeoise, garantie par une honorable banque suisse. Pourtant rien que cela devrait éveiller l'attention d'un organisme de contrôle financier, s'il en existait vraiment un. Et en effet la société luxembourgeoise n'était qu'un des faux nez de Madoff et la banque suisse affirme n'avoir rien garanti !

Les cinquante milliards de dollars engloutis par Madoff ne sont encore qu'une goutte d'eau dans l'océan des capitaux dévalués ou disparus dans la crise financière. Les banques qui y ont laissé des dizaines ou des centaines de millions d'euros ou de dollars ont déjà obtenu de l'État des lignes de crédit dix fois supérieures pour leurs pertes réelles ou supposées sur les marchés financiers.

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