Transport aérien : Grève des pilotes contre la retraite à 65 ans19/11/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/11/une2103.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Transport aérien : Grève des pilotes contre la retraite à 65 ans

40 % des pilotes, selon le gouvernement, 70 % disent les syndicats, ont fait grève pendant quatre jours contre la volonté du gouvernement de repousser leur retraite de 60 à 65 ans. De ce fait, Air France n'a pu assurer que la moitié de ses vols, en faisant appel à des cadres qui, d'habitude, volent peu.

Les grévistes ont la satisfaction d'avoir montré que le gouvernement ne pouvait pas tout se permettre. Et d'avoir vu que, quand le gouvernement et les compagnies ont tenté de discréditer le mouvement en présentant, dans les médias, les pilotes comme des privilégiés, cela n'a pas marché. Et ce n'est guère étonnant car, si les pilotes ont des salaires supérieurs à ceux de nombreux travailleurs, tous les salariés se savent menacés par la volonté du gouvernement et du patronat de s'en prendre aux retraites.

Diviser pour régner

Le gouvernement escomptait neutraliser le mécontentement des pilotes avec une " réforme " de la caisse de retraite, pourtant excédentaire, des navigants. Il a voulu diviser les personnels navigants techniques (PNT ou pilotes) et les navigants commerciaux (PNC ou hôtesses et stewards), également concernés par la remise en cause de l'âge de leur départ en retraite, en lançant une " réforme " de leur caisse de retraite commune qui désavantagerait les seconds au profit des premiers.

En outre, dans son offensive, le gouvernement s'abritait derrière une association, PNT 65, regroupant une centaine de pilotes sur environ 6 000. Celle-ci prône l'allongement de l'âge limite de pilotage, ce qui peut plaire à certains puisque c'est en fin de carrière que les pilotes, généralement devenus commandants de bord, ont les salaires les plus élevés.

Mauvaise surprise pour le ministre

Le gouvernement a souvent invoqué cette PNT 65 car elle est proche de la droite, des directions des compagnies et des idées que défendent, ouvertement ou pas, les dirigeants du principal syndicat de pilotes, le SNPL. De plus, le projet gouvernemental se présentant comme ne remettant pas en cause (mais pour combien de temps ?) la possibilité d'arrêter de travailler à 60 ans, ni la prime de départ en retraite des pilotes, le ministre des Transports et le PDG d'Air France pensaient que l'affaire passerait sans coup férir. À tort.

Devant la détermination des pilotes, les dirigeants du SNPL ont dû se résoudre à appeler à la grève pour ne pas trop apparaître comme au garde-à-vous devant le gouvernement. En effet, malgré la lettre que le ministre avait fait parvenir aux pilotes, l'an dernier, dans laquelle il s'engageait à ne rien faire sans concertation préalable avec les syndicats, c'est par la presse que les navigants ont appris qu'un simple amendement législatif déposé par la droite voulait retarder l'âge de la retraite de cinq ans.

Face à l'ampleur de leur grève, le ministre a conclu à la hâte un arrangement avec le SNPL. Le porte-parole de ce syndicat s'est alors précipité, samedi matin 15 novembre, au piquet de grève de Roissy en claironnant : " C'est fini, on a obtenu ce qu'on voulait. " Mais à 65 % les pilotes ont rejeté l'accord et reconduit leur grève. Du coup, la direction du SNPL a dû virer sur l'aile pour annoncer qu'elle appelait... à poursuivre le mouvement.

La fatigue et "l'âge du capitaine"

Bien sûr, s'il a amendé son projet, le gouvernement n'y a pas renoncé. Après l'Assemblée, il l'a fait voter au Sénat. Et il répète que partir à 65 ans n'est qu'une " possibilité ". Mais comment le croire quand mentir est pour lui une habitude ? Ainsi, il prétend que " partout " les pilotes partent en retraite à 65 ans. En fait, dans les grandes compagnies européennes, la norme reste 60 ans, voire moins. Et c'est normal car il n'est pas rare que, sur des long-courriers, un pilote proche de la retraite pique un somme sans crier gare, effet de l'âge, même si, heureusement, il y a toujours un autre PNT, plus jeune, dans le cockpit. Et d'ailleurs, la direction d'Air France expliquait benoîtement ces jours-ci sur son site destiné au personnel qu'on ne pourrait pas mettre sur un même vol deux pilotes de plus de 60 ans. Si ce n'est pas une façon de reconnaître que cela accroîtrait les risques, cela y ressemble...

Comme entre " pouvoir " et " devoir " travailler jusqu'à 65 ans il n'y a qu'un petit pas que patronat et gouvernants aimeraient franchir au plus vite, il se pourrait bien qu'ils aient à affronter d'autres grèves. Dans le secteur aérien, début décembre, ce sera le cas des hôtesses et stewards. Mais, finalement, ce sont tous les salariés qui auraient intérêt à dire : " Touche pas à nos retraites ! " car, en la matière, tous sont menacés par les plans du gouvernement et du patronat.

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