Italie : La vague étudiante ne retombe pas19/11/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/11/une2103.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Italie : La vague étudiante ne retombe pas

Plusieurs dizaines de milliers d'étudiants et de chercheurs ont parcouru une nouvelle fois les rues de Rome, le 14 novembre, pour protester contre la réforme de l'enseignement scolaire et universitaire engagée par le gouvernement Berlusconi et sa ministre de l'Éducation, Mariastella Gelmini.

Le mouvement a désormais un nom : " l'onda ", c'est-à-dire la vague, une vague qui n'envisage nullement de se retirer face à la réforme Gelmini. Celle-ci a prévu pour les universités une diminution de crédits d'un milliard d'euros et une réduction du personnel par le non-remplacement, dans le projet initial, de 80 % des départs en retraite. Enfin, elle prévoit la possibilité, dans le cadre de " l'autonomie " des universités, que celles-ci puissent décider de se transformer en fondations de droit privé, financées sur le modèle américain par tel ou tel groupe capitaliste. Les financements publics devraient alors être attribués à parité aux établissements publics ou privés, en fonction seulement du nombre d'étudiants inscrits.

Le gouvernement italien veut réduire radicalement ses dépenses en matière de services publics et cela se traduit, en particulier, par la misère croissante de l'enseignement et de la recherche. Les chercheurs sont le plus souvent embauchés sous statut précaire et ils y restent des années, sans guère de perspective de sortir un jour de cette situation.

Devant le rejet que provoque sa réforme, la ministre Gelmini y a apporté quelques modifications, notamment en réduisant à 50 % le non-renouvellement des départs en retraite et en débloquant quelques crédits. Elle espère ainsi mettre de son côté une partie des universitaires et des recteurs qui, jusqu'à présent, se montrent plutôt favorables au mouvement. Mais son plan fait partie d'un plan plus vaste de coupes budgétaires décidées par le gouvernement et qu'elle ne fait qu'appliquer dans son propre domaine.

Outre les universités, le plan touche encore plus durement l'enseignement primaire et secondaire, dans lesquels 87 000 suppressions de postes sont prévues sur trois ans. De nouvelles normes sont prévues également qui, si elles étaient appliquées, pourraient amener la fermeture d'un grand nombre d'écoles n'ayant pas le nombre suffisant d'élèves et obliger ceux-ci, dans les campagnes, à faire des kilomètres pour se rendre en classe.

C'est donc bien la politique et les choix du gouvernement qui sont mis en accusation, au moment d'ailleurs où Berlusconi annonce un plan de 80 milliards d'euros de " soutien à l'économie " Mieux vaudrait dire qu'il s'agit de soutien aux profits du grand patronat, vers qui va toute sa sollicitude en cette période de crise. De nombreuses banderoles étudiantes, proclamant " nous ne paierons pas votre crise " montraient que nombre de manifestants en sont conscients.

Face à la " vague ", le gouvernement Berlusconi joue maintenant visiblement le pourrissement, comptant que celle-ci retombe. Mais les assemblées nationales du mouvement, tenues à Rome les 15 et 16 novembre à la suite de la manifestation nationale de la veille ont débouché sur l'appel à le poursuivre. Les occupations d'universités, en fait assez symboliques, continuent en l'attente d'autres manifestations et notamment de la journée de grève générale à laquelle la CGIL, le principal syndicat italien, vient d'appeler pour le 12 décembre.

Si cet appel est bienvenu, il vient malheureusement tard et après bien des hésitations de la centrale sous des pressions contradictoires. Tandis que la fédération de la métallurgie - la FIOM - appelait déjà à la grève, le secrétaire général de la CGIL Epifani voulait sauvegarder le " dialogue " avec le gouvernement. C'est celui-ci qui, en engageant une concertation avec le patronat et les deux autres centrales syndicales CISL et UIL, sans même s'adresser à la CGIL, n'a plus guère laissé le choix à celle-ci.

Il resterait cependant à préciser les objectifs de cette journée car, comme d'habitude, la direction de la CGIL se limite à déclarer vaguement qu'il faut des mesures pour faire face à la crise ; tout comme d'ailleurs le principal parti d'opposition, le Parti Démocrate de Veltroni, qui a montré dans le passé qu'il pouvait mener une politique tout à fait analogue à celle de Berlusconi.

Or, le " nous ne payerons pas pour votre crise " proclamé par les banderoles étudiantes concerne encore plus directement les travailleurs confrontés à la baisse du pouvoir d'achat, aux fermetures d'entreprises et aux conséquences d'une récession économique qui s'étend. Alors il est à souhaiter que cette exigence se fasse entendre de plus en plus largement et que, de ce point de vue, la journée du 12 décembre ne soit qu'une étape dans une riposte d'ensemble dont le mouvement étudiant n'aura été que le premier signe.

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