Sarkozy et le RSA : Un numéro d'illusionniste03/09/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/09/une2092.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Sarkozy et le RSA : Un numéro d'illusionniste

"Un coup à gauche", titrait le 29 août Libération, à propos des déclarations de Sarkozy affirmant que le RSA (le revenu de solidarité active), destiné à remplacer le RMI, serait financé par une taxe " sur les revenus du capital " et Sarkozy a même déclaré : " S'il y a de l'argent pour le haut, il doit aussi y avoir de l'argent pour le bas. " Il n'en a pas fallu plus pour voir un certain nombre de dirigeants socialistes étaler leur satisfaction. François Hollande déclara aussitôt qu'il " y a quand même plus de légitimité à financer les revenus des plus modestes par une contribution des plus riches ", le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale affirmant pour sa part que " les socialistes sont prêts à soutenir ce projet ".

Pour ceux qui auraient encore des illusions, cela ne permet pas d'espérer de grands changements si le Parti Socialiste revenait demain au gouvernement.

Le but officiel du RSA, dont les modalités ne seront définitivement arrêtées qu'après que le Parlement aura légiféré en septembre, c'est de faire en sorte qu'un érémiste qui trouve un emploi ne se retrouve pas finalement avec un revenu inférieur à celui qu'il a au chômage. Bien évidemment, tous ceux qui toucheront quelques dizaines, voire quelques centaines d'euros de plus que ce qu'ils pouvaient espérer ne s'en plaindront pas.

Mais il faut un sacré culot pour affirmer que le RSA sera financé par un impôt sur les bénéfices du capital. Les entreprises seront même les principales bénéficiaires du RSA, même si le Medef fait mine de critiquer la manière dont il sera financé, car il leur permettra d'embaucher plus facilement encore à temps partiel imposé et avec des salaires de misère. Au lieu d'être l'instrument de lutte contre le chômage que le gouvernement prétend, le RSA incitera au contraire les patrons à multiplier les emplois précaires.

En fait de taxer les bénéfices du capital, on ne demandera rien aux entreprises, qui engrangent pourtant des profits gigantesques. Les contribuables les plus riches seront à l'abri derrière le bouclier fiscal, puisque Sarkozy s'est d'ores et déjà déclaré partisan d'y inclure cette surtaxe. Et ce sont pas seulement les " classes moyennes " qui seront taxées. Les familles de travailleurs qui ont souscrit une assurance-vie, une épargne-retraite volontaire, ou dont les sommes qui leur sont dues au titre de l'intéressement et de la participation sont placées, sont visées par cette nouvelle taxe qui pourrait concerner, d'après le journal Le Monde, entre 50 et 60 % des familles.

Pour lutter contre le chômage et améliorer le pouvoir d'achat de la population laborieuse, il n'y a qu'une solution : c'est créer des emplois et payer des salaires décents.

C'est tout le contraire que fait le patronat. Il supprime des emplois, licencie, ferme des entreprises, pour faire effectuer la même production par toujours moins de salariés, en augmentant les charges de travail. Dans de nombreuses entreprises, il a imposé des augmentations d'horaires pour le même salaire, voire pour un salaire inférieur, en supprimant par exemple primes ou intéressement. Et tout cela, il le fait avec l'aide active de l'État.

Selon Martin Hirsch, le RSA pourrait permettre à 700 000 personnes de passer au-dessus du " seuil de pauvreté ", officiellement défini à 817 euros par mois (comme si on cessait d'être pauvre avec 818 euros !). Mais il resterait encore, d'après Le Parisien, 6,4 millions de personnes vivant en dessous de ce seuil. Dont un grand nombre de salariés ayant un travail régulier.

Le numéro d'illusionniste de Sarkozy ne peut pas faire oublier cela. C'est une escroquerie. Ce n'est pas la première et elle sera à ajouter à tout ce qu'il faudra lui faire payer à l'heure du règlement de comptes.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 1er septembre

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