Caucase : Le cinéma du sommet de Bruxelles03/09/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/09/une2092.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Caucase : Le cinéma du sommet de Bruxelles

Un " sommet extraordinaire " vient de réunir les 27 États de l'Union européenne à Bruxelles. Il devait décider de leur attitude face au conflit qui oppose, aux confins mêmes du continent, la Russie et la Géorgie, une ex-république soviétique devenue la protégée de la super-puissance américaine.

De tels sommets sont censés répondre à " une situation d'une extrême gravité ", selon Sarkozy. Mais on savait par avance que rien de tant soit peu contraignant pour quiconque ne se déciderait à Bruxelles.

Le précédent " sommet extraordinaire ", lors du déclenchement de la guerre en Irak, en 2003, avait vu les Quinze d'alors se déchirer, pour finalement ne rien décider, en étalant l'impuissance de l'Union européenne face à des États-Unis, maîtres du jeu. " L'Europe en était sortie désunie, donc impuissante et inaudible ", a commenté Sarkozy.

Cette fois-ci, selon le même, le message adressé par les Vingt-Sept serait " d'autant plus fort " qu'il est " d'unité ". L'Union a gelé les discussions sur un " partenariat " avec la Russie. Elle a " condamné " à l'unanimité la réaction " disproportionnée " de la Russie par rapport aux hostilités déclenchées par la Géorgie en Ossétie du Sud. En soutenant les déclarations d'indépendance des " territoires séparatistes " d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, la Russie aurait " fait naître une profonde préoccupation en Europe et au-delà ". Mais, hormis cette déclaration qui reprend, au nom des Vingt-Sept, ce qu'ils avaient déjà dit séparément, qu'a décidé ce sommet ?

Que Sarkozy irait à Moscou et Tbilissi avec José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, et Javier Solana, le haut-commissaire européen aux Affaires étrangères et à la Sécurité. Cela pour réclamer l'application intégrale de l'accord qui prévoit le retrait des troupes russes de Géorgie. Un accord déjà signé le 10 août sous les auspices du locataire de l'Élysée, dont visiblement Poutine et Medvedev se moquent, tout le problème étant de savoir où passent les frontières de la Géorgie.

" Si ça ne marche pas, nous sommes tous d'accord, les Vingt-Sept, d'autres décisions seront prises ", notamment avant le sommet Europe-Russie à Nice le 14 novembre, fanfaronne Sarkozy.

D'ici là, l'opinion est priée de croire qu'à Bruxelles l'Union européenne a enfin trouvé son unité. Certes, la motion adoptée est pétrie d'unanimité, mais au moins autant d'impuissance. Et comment pourrait-il en aller autrement tant divergent, voire s'opposent, les positions et les intérêts des puissances qui dominent l'Europe ?

L'Allemagne, la France et l'Italie avaient fait savoir, dès le début, qu'elles n'avaient nulle intention de porter ombrage à leurs relations commerciales avec la Russie. Cela supposait de prendre quelques distances à l'égard des États-Unis, soutiens de la Géorgie. Et de mécontenter les gouvernements est-européens, partisans de plus de fermeté vis-à-vis de Moscou. Quant à la Grande-Bretagne, depuis des semaines elle fait chorus avec les États-Unis dans la dénonciation de la riposte russe à l'attaque géorgienne contre l'Ossétie du Sud. Mais elle non plus n'est pas forcément mécontente que du sommet rien ne sorte qui puisse gêner les sociétés britanniques opérant en Russie ou avec elle.

Alors, à charge de Sarkozy, promu chef de choeur de l'Union européenne, de répéter à qui veut l'entendre qu'en cette occasion comme en d'autres l'Union avance à grands pas, et dans l'unité, sous sa houlette. Comme les carabiniers qui, sur une scène d'opéra, font du sur-place en chantant à pleins poumons : " Marchons, marchons ", tout en faisant grand bruit avec leurs pieds. Car dans cet affrontement larvé entre les États-Unis et la Russie, l'Union européenne ne peut faire que de la figuration.

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