Rwanda : La France nie ses responsabilités15/08/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/08/une2089.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Rwanda : La France nie ses responsabilités

dans les massacres ethniques de 1994

Une commission rwandaise vient de rendre public un nouveau rapport sur le rôle de l'État français dans les massacres ethniques qui ont eu lieu en 1994 dans ce pays et qui firent plus de 800 000 morts. Elle cite de nombreux témoignages sur la passivité des soldats français devant les meurtres, relève que certains aidaient à contrôler les identités aux barrages routiers et parle de livraisons d'armes pour les assassins.

Le gouvernement français s'est contenté de juger les conclusions de ce rapport " inacceptables ". Et pourtant, la France porte une lourde responsabilité dans ces massacres. Elle soutenait activement le dictateur Habyarimana, qui avait accédé au pouvoir par un coup d'État, en 1974.

Habyarimana joua sur la division ethnique, entre les Hutus, l'ethnie à laquelle il appartenait, et les Tutsis. Des milliers de Tutsis furent contraints à l'exil. Le discrédit croissant de la dictature d'Habyarimana renforça le Front Patriotique Rwandais (FPR) qui engagea une guérilla contre le pouvoir en place. Il était devenu la seule opposition crédible à la dictature et recrutait de plus en plus, y compris parmi la population Hutu. Dans ce contexte, le rôle de la France s'accentua. En 1990, elle envoyait 600 hommes pour aider à stopper l'avancée des troupes du FPR. Suite à cette opération, la France maintint des militaires sur place pour entraîner l'armée rwandaise. Dès cette époque, le régime préparait ouvertement des listes d'opposants à éliminer, tandis que des radios Hutus lançaient des appels au meurtre, dirigés contre les Tutsis.

Le 6 avril 1994, Habyarimana était tué dans un attentat. Dans les heures qui suivirent, les partis liés au dictateur défunt déclenchèrent un génocide dans tout le pays. Des Tutsis mais aussi des Hutus furent systématiquement exécutés. Au même moment, à l'ambassade de France, se tenaient des discussions pour constituer un nouveau gouvernement, uniquement composé de partisans des massacres.

Mais l'armée rwandaise s'avéra incapable d'empêcher la guérilla du FPR de progresser. En juin, avec l'opération Turquoise, la France intervint alors de nouveau militairement, prétendant agir pour protéger la population, alors que les massacres duraient déjà depuis 3 mois ! En réalité, les 2 500 soldats français freinèrent la progression du FPR afin de permettre aux cadres du régime de regrouper leurs troupes et préparer un éventuel retour au pouvoir. C'est ainsi que la plupart des responsables du génocide purent s'enfuir, plusieurs étant ensuite accueillis en France sans aucun problème.

Malgré les dénégations, le gouvernement français de l'époque porte une écrasante responsabilité dans ces massacres. On était alors en pleine cohabitation, entre le président Mitterrand et un gouvernement de droite, dirigé par Balladur. Mais Mitterrand gardait la haute main sur la politique africaine de la France, qui cautionna, aida militairement et protégea des assassins, pour maintenir son influence dans cette région, située au centre de l'Afrique.

Cela s'inscrivait dans la tradition coloniale française.

Partager