La disparition programmée des IUFM (Instituts de formation des maîtres)11/06/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/06/une2080.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

La disparition programmée des IUFM (Instituts de formation des maîtres)

Économie de postes au détriment des élèves et des enseignants débutants

Supprimer 20 000 postes en douceur dans l'Éducation nationale, tel est le but de la réforme sur la formation initiale des enseignants annoncée le 2 juin dernier. Celle-ci se ferait dans les universités, et non plus dans des IUFM (Instituts de formation des maîtres), dont le rôle serait limité à la formation continue.

Le futur enseignant préparerait un « master professionnel », soit cinq années d'études après le bac et, son diplôme en poche, il prendrait directement son poste, l'année de stage en situation étant supprimée.

Actuellement, avec un bac+3, c'est-à-dire une licence, l'étudiant qui veut devenir enseignant peut passer un concours de l'Éducation nationale et, s'il le réussit, il est stagiaire pendant deux ans. La seconde année de sa formation, il alterne heures de cours dans un établissement scolaire (inférieures à un mi-temps) et journées d'études en IUFM. Cette année permet aux stagiaires d'approfondir leurs connaissances théoriques mais, surtout, de discuter des problèmes rencontrés, de confronter leurs expériences et de commencer à préparer des cours pour leur première rentrée.

C'est donc cette année d'apprentissage pratique que le gouvernement entend supprimer, en lançant directement les nouveaux diplômés sur un poste à temps plein ; d'où une économie de 20 000 postes qu'il compte rendre indolore, car moins visible. Pour ce faire, il s'appuie d'une part sur le préjugé qui dit que « c'est sur le tas qu'on apprend le mieux » et sur une critique des IUFM répandue dans les milieux de droite, qui les accusent d'enseigner « trop de théorie et pas assez de pratique » ! D'autre part, et la contradiction ne semble pas le gêner, le gouvernement présente la suppression à terme des IUFM comme une « revalorisation » du métier d'enseignant, puisqu'il faudra avoir fait des études universitaires plus longues pour y accéder. Or, sachant que la plupart des jeunes enseignants sont nommés en début de carrière dans des établissements de quartiers populaires où s'accumulent les problèmes, supprimer l'année de stage revient à multiplier les difficultés pour eux, au détriment de leur enseignement.

Mais ceux qui pâtiront de cette réforme seront aussi les élèves, qui se retrouveront avec des enseignants possédant certes une maîtrise approfondie de leur matière, mais pas celles de la conduite d'une classe. C'est « sur le tas » que l'enseignant devra apprendre comment faire passer ses connaissances afin d'élever le niveau des élèves, au risque que cela se fasse à leur détriment. Et le « compagnon » - un autre enseignant qu'il est prévu d'adjoindre au nouvel enseignant - ne pourra lui apporter, dans les faits, qu'une aide limitée à son temps disponible, à sa pratique et à ses connaissances.

Économies budgétaires et qualité de l'enseignement n'ont jamais fait bon ménage. Le gouvernement n'en persiste pas moins dans cette voie.

Partager