Les projets du gouvernement : Haro sur les chômeurs08/05/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/05/une2075.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Les projets du gouvernement : Haro sur les chômeurs

Même si les modalités de la réforme de l'assurance-chômage préparée par le gouvernement ne sont pas encore définitivement arrêtées, on en connaît l'esprit et les grandes lignes.

Elle se traduira par une sévère remise en cause des règles qui régissaient la prise en compte du chômage. Pendant trois mois, un chômeur devra accepter une offre de travail rémunérée à 95 % de son ancien salaire. Mais c'est ensuite que la dégradation s'accélérera. Au bout de six mois, il sera contraint d'accepter une offre de travail considérée comme " raisonnable " quand elle ne se traduira " que " par une baisse de salaire de 20 % pour un emploi se situant à une heure de son domicile (donc avec deux heures de trajet par jour). Et au bout d'un an, le chômeur sera contraint d'accepter une offre d'emploi payée au niveau de l'allocation chômage, soit en général à environ 57,4 % de son salaire brut antérieur. À chacun de ces paliers, le chômeur aurait le " droit ", si l'on ose dire, de refuser une offre d'emploi mais pas deux, sous peine d'être radié de l'ANPE, ce qui entraînerait la suspension provisoire de l'allocation chômage.

Pour l'instant, le gouvernement s'est gardé de préciser si les emplois que les chômeurs devraient accepter seraient des CDI ou des CDD, c'est-à-dire des emplois se traduisant par une certaine stabilité même relative, ou des petits boulots provisoires. Il est vrai que ce n'est pas son souci, car son projet ne vise nullement à réduire le chômage et à permettre aux sans-emploi d'accéder à un travail et à un salaire qui leur permette de vivre. Il vise à réduire le montant de l'indemnité chômage de chacun, le nombre de chômeurs indemnisés et, du même coup, à enjoliver les chiffres officiels du chômage. Et aussi à renflouer les caisses de l'Unedic, ce qui donnera au gouvernement la possibilité de puiser dedans.

C'est donc dans ce cadre pré-défini par le gouvernement que les partenaires sociaux - une étiquette qui englobe confédérations syndicales des salariés et organisations patronales - ont entrepris de renégocier, sous l'arbitrage de Christine Lagarde, ministre de l'Economie et de l'Emploi, les nouvelles règles d'indemnisation du chômage.

Les discussions se sont engagées, nous dit-on, sur la définition de ce que serait " une offre valable (ou raisonnable) d'emploi " ou, pour dire les choses plus crûment, sur la définition des critères qui permettront de rayer des chômeurs de la liste des demandeurs d'emploi. Ce sera soit en les privant de l'indemnité chômage, soit en leur imposant de prendre un travail, n'importe lequel, pour un salaire qui ne dépasserait pas cette indemnité, fournissant ainsi aux patrons une main-d'oeuvre à très bon marché. Mais cette discussion est piégée au départ, car elle s'inscrit dans la logique du gouvernement et du patronat.

Sarkozy et son gouvernement continuent à stigmatiser les chômeurs, laissant croire que s'ils ne trouvent pas de travail, c'est parce qu'ils mettent trop de mauvaise volonté, et qu'il faut donc sanctionner les récalcitrants. Cela conforte les préjugés imbéciles de la droite, mais cela ne créera pas un emploi de plus, car même à bon marché, un patron n'embauchera pas un salarié de plus, à moins que cela lui permette, à qualification et à expérience égales, d'embaucher à moins cher.

Alors, pourquoi laisser croire, comme le font certains dirigeants confédéraux, qu'il y aurait dans l'attitude du gouvernement, une once " d'offre valable de combattre le chômage " ?

Partager