États-Unis : Mumia Abu-Jamal n'est plus dans le couloir de la mort... mais il reste menacé02/04/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/04/une2070.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

États-Unis : Mumia Abu-Jamal n'est plus dans le couloir de la mort... mais il reste menacé

Le 27 mars, la cour d'appel fédérale de Pennsylvanie a annulé la condamnation à la peine capitale qui pesait sur l'ancien journaliste et militant noir Mumia Abu-Jamal, condamné depuis 1982, suite à l'assassinat d'un policier en 1981, dont tout indique qu'il est innocent.

Cette annulation admet enfin que la procédure juridique n'a pas été équitable et a été entachée de racisme. Mais elle ne règle pas tout. Non seulement elle peut faire l'objet d'un appel, mais de toute façon elle ne se prononce pas sur le fond et donc ne lave pas le prisonnier de l'accusation dont il fait l'objet. Sa peine pourrait être commuée en prison à perpétuité, ce qui serait tout aussi injuste. L'accusation pourrait aussi entamer une nouvelle procédure et aboutir à une nouvelle condamnation à mort, puisque jusqu'à présent, lors des multiples recours déposés par ses avocats, les nouveaux éléments de preuves de son innocence ont chaque fois été balayés par une justice qui n'aime pas admettre qu'elle a pu se tromper.

Le 9 décembre 1981, Mumia se trouvait sur les lieux d'une fusillade, au sud de la ville de Philadelphie, qui entraîna la mort d'un policier abattu d'une balle d'un calibre 48. Mumia possédant un revolver de même calibre, il fut désigné coupable du crime sans qu'aucune recherche balistique ait vérifié que la balle était sortie de son revolver. Le principal témoin de l'accusation, une femme manipulée par la police, n'était même pas sur les lieux du crime. Quant aux témoignages de personnes présentes sur les lieux, qui désignaient un autre homme porteur d'une veste verte, aucun n'a été retenu par les enquêteurs. Un élément qui pouvait également disculper Mumia, la présence sur le lieu de la fusillade du sang d'un autre groupe sanguin que le sien, fut également écarté.

Derrière cette procédure sur mesure, il y avait la volonté de la police et d'un juge connu pour ses liens avec des milieux racistes d'extrême droite, à la fois de donner satisfaction à la police qui venait de perdre l'un des siens, et d'envoyer dans le couloir de la mort un Noir connu pour son engagement politique de jeunesse dans les rangs des Black Panthers. La bourgeoisie américaine, qui n'a jamais digéré le soulèvement des Noirs américains pendant les années soixante, a poursuivi longtemps de sa hargne ceux qui avaient pu se mettre en avant. Plusieurs militants noirs ont ainsi croupi des années en prison, parfois à la suite d'affaires montées de toutes pièces.

Depuis 1982, les avocats du condamné n'ont pas cessé de dénoncer les irrégularités de l'instruction et multiplié les preuves de son innocence, y compris l'aveu d'un ancien tueur à gage qui s'est accusé du meurtre du policier. À deux reprises, en 1995 et en 1999, l'ordre d'exécution a été signé, mais à chaque fois la campagne de protestation internationale a obtenu l'ajournement.

Mumia Abu-Jamal, qui aura bientôt passé la moitié de sa vie en prison, dispose d'un nouveau sursis, mais il n'est pas tiré d'affaire pour autant. La campagne continue donc pour obtenir sa libération, qui serait la seule décision juste pour cette affaire. Un premier rassemblement de protestation devait se tenir mercredi 2 avril, au consulat des États-Unis à Paris.

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