Crise financière : Tant va la cruche à l'eau...27/03/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/03/une2069.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Crise financière : Tant va la cruche à l'eau...

Depuis le début de la crise financière l'automne dernier, les États des grandes puissances capitalistes n'ont de cesse d'injecter de l'argent public dans les marchés financiers pour, disent-ils, " faire baisser la tension ". Mais, la tension ne baissant pas et la confiance tardant à se rétablir, le système financier malade reçoit encore et toujours de nouvelles perfusions.

Ainsi le 19 mars le gouvernement américain a autorisé des organismes semi-publics à investir 200 milliards de dollars pour stabiliser le marché des prêts hypothécaires. Le 25 mars, la Banque centrale européenne a accordé un prêt de 15 milliards de dollars, au taux de 2,615 %, aux banques européennes en manque de liquidités. Le 27 mars la Fed, la banque centrale américaine, accordera 50 milliards de dollars de prêts aux banques, au même taux qui ferait la joie d'un travailleur achetant une voiture.

Cela fait longtemps que les États et les banques centrales dépensent l'argent qu'ils n'ont pas pour tenter en vain de " boucher le trou de la baignoire ", selon l'expression du ministre japonais de l'Économie. Aussi ce dernier et quelques autres banquiers et dirigeants du monde capitaliste envisagent-ils maintenant des mesures plus radicales. Ils proposent que les États et les banques centrales rachètent carrément toutes les créances douteuses pour assainir le marché. Eponger ainsi la dette des spéculateurs, c'est-à-dire de toutes les grandes banques, coûterait d'après eux de deux à trois mille milliards de dollars.

Outre le fait que cela ne réglerait pas la question, car c'est tout le système qui est pourri, d'où les États tireraient-ils cette somme ? De nulle part en apparence, des poches des populations en réalité.

Car ces trois mille milliards de dollars seraient une création monétaire des États et de leurs banques centrales, et s'inscriraient donc comme autant de déficits budgétaires. Or ces derniers se payent par la hausse des prix, alors que les salaires sont bloqués ; par les économies sur les services publics, les infrastructures, l'éducation, la santé ; par la hausse des impôts indirects. Toutes mesures qui sont des attaques directes contre les plus pauvres.

Les États-Unis en sont l'exemple le plus éloquent. C'est le pays où l'on trouve à la fois les sociétés capitalistes les plus riches, le déficit budgétaire le plus élevé (175,66 milliards de dollars pour le seul mois de février), des millions de gens expulsés de leurs logements, des ponts qui s'écroulent en pleine ville faute d'entretien, une classe ouvrière dont le niveau de vie est en chute libre. La place prépondérante des États-Unis dans l'économie mondiale leur permet en outre de faire financer leur dette par leurs concurrents, ce qui fait que les travailleurs chinois, entre autres, payent aussi leur part du déficit américain.

Tous les autres pays capitalistes, au premier rang desquels la France, en sont peu ou prou au même point et suivent le même chemin. Alors cette ponction éventuelle de trois mille milliards sur le dos des populations, loin de mettre fin à la crise financière, ne ferait en définitive qu'accélérer la cadence. Mais jusqu'où et jusqu'à quand ?

Partager