Procès de l'hormone de croissance : Oui, des scientifiques savaient20/02/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/02/une2064.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Procès de l'hormone de croissance : Oui, des scientifiques savaient

Le procès de l'hormone de croissance confirme que pendant des années des médecins ont continué à traiter des enfants avec des hormones dont les scientifiques savaient qu'elles présentaient un risque de transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. 110 enfants l'ont payé de leur vie !

Dans les années 1980, les enfants souffrant de nanisme ou jugés de trop petite taille étaient traités par une hormone de croissance extraite de glandes hypophyses prélevées sur des cadavres dans les morgues des hôpitaux. France-Hypophyse, l'Institut Pasteur et la Pharmacie centrale des hôpitaux collectaient, traitaient et distribuaient l'hormone extraite de ces hypophyses humaines. Ce sont les responsables de l'époque de ces structures, pour la plupart médecins de leur état, qui comparaissent actuellement pour " tromperie aggravée, homicides et blessures involontaires ".

Appelé comme témoin au procès, le professeur Montagnier a confirmé que, dès janvier 1980, il avait attiré l'attention sur l'insuffisance des procédés de purification de l'hormone et recommandé de ne pas la prélever sur des sujets morts après des troubles neurologiques. Qu'à cela ne tienne, on a continué de prélever des hypophyses sur des cadavres de vieillards déments et de malades morts de telles maladies !

Appelée elle-aussi comme témoin, une vétérinaire, spécialiste de la maladie de la vache folle (l'équivalent du Creutzfeldt-Jakob humain), a quant à elle souligné que dès 1975 des articles publiés dans la presse médicale spécialisée avaient signalé les risques de contamination. Elle a aussi rappelé qu'en 1981, un rapport du département de la Santé britannique affirmait que les hypophyses de sujets déments ne devaient pas être prélevées pour la fabrication de l'hormone de croissance. En France, les prélèvements ont continué et, devant la demande accrue, des médecins ont même poussé à la collecte en offrant aux garçons de laboratoire une prime de 50 francs par hypophyse prélevée !

En 1985, aux États-Unis, l'hormone obtenue par extraction a été retirée du marché. D'autant qu'on savait désormais la fabriquer autrement, par synthèse. En France, il a fallu attendre... 1989 ! Des milliers d'enfants ont continué à recevoir l'hormone d'extraction. Faut-il en conclure que le coût de la destruction des ampoules déjà conditionnées était un argument plus pesant que la vie d'enfants ?

En tout cas l'abjection continue. Un professeur de neurologie, présent au procès pour défendre ses chers confrères, n'a pas hésité à rétorquer après avoir été interrogé sur les connaissances de l'époque : " À l'époque, même les scientifiques français ne lisaient pas l'anglais. "

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