Villiers-le-Bel : Une explosion prévisible28/11/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/11/une2052.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Villiers-le-Bel : Une explosion prévisible

Pourquoi les deux jeunes de Villiers-le-Bel dans le Val-d'Oise sont-ils morts, dimanche 25 novembre, lors d'une collision entre leur petite motocross et une voiture de police ? Est-ce seulement à cause de ces engins à la mode et relativement accessibles, dont beaucoup n'ont même pas d'éclairage, ces mini-bolides que les jeunes et même les très jeunes peuvent conduire sans permis, et qui font fureur dans les quartiers pauvres des banlieues ? Ou bien la police a-t-elle une fois de plus dérapé ?

Les responsables ont beau dire le contraire, les jeunes accusent. Et comment feraient-ils confiance aux autorités, aux préfets, aux ministres et à la police ? Il y a deux ans, lors des événements de Clichy-sous-Bois, Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, n'a-t-il pas couvert celle-ci jusqu'à ce que, un an plus tard, la preuve soit établie que non seulement des policiers poursuivaient bien les jeunes qui n'avaient commis aucun délit mais que, de surcroît, ils n'étaient pas intervenus alors qu'ils les avaient vus se réfugier dans un transformateur EDF où deux d'entre eux allaient trouver la mort ?

Dimanche, la mort de deux jeunes de 15 et 16 ans a poussé des centaines de jeunes dans la rue, provoquant un déchaînement d'affrontements avec la police dans l'une des cités les plus pauvres de Villiers-le-Bel, gagnant d'autres cités dans les villes voisines du Val-d'Oise, et même dans quelques villes de banlieue des Yvelines.

Dans ces affrontements, il y avait sans doute un certain nombre de meneurs de petites mafias qui empoisonnent souvent la vie des cités et qui ont peut-être été les premiers à incendier les magasins, une bibliothèque ou un bâtiment scolaire, ce qui malheureusement porte avant tout tort à la population. Mais cela n'explique pas que sous l'émotion des centaines d'autres jeunes les aient si rapidement joints.

Après les événements de 2005, Villepin avait promis des mesures pour favoriser l'emploi des jeunes de banlieues. Rien n'est venu. En mars 2007, Sarkozy s'était engagé à un " plan Marshall " pour les banlieues. Il avait même déclaré : " Ce que je veux, c'est que dans les immeubles les jeunes se disent : ça vaut mieux de se lever tôt le matin pour aller bosser, pour créer une famille, pour avoir un salaire que de dealer de la drogue ". Oui, mais voilà, huit mois plus tard, le plan est en plan. Et les jeunes peuvent se lever tôt s'ils le veulent, mais trop peu ont un emploi qui leur permette d'avoir un logement et une famille.

La population de ces quartiers dits difficiles, qu'elle habite la ZAC de Villers-le-Bel ou les cités de Gonesse, de Goussainville ou de toutes ces autres banlieues des grandes villes, n'est pas formée, comme voudraient le faire croire les médias, de gens déclassés ou marginaux. Ce sont, dans leur grande majorité, des travailleurs pauvres qui se battent pour avoir un emploi, pour le garder, pour parvenir à payer leur loyer et à nourrir leur famille. Mais c'est difficile quand on gagne 700, 800 ou 1 000 euros par mois. L'école ne donne ni une véritable éducation ni une formation qui débouche sur un emploi. Les enfants sont à la charge des parents ou de leurs frères et soeurs jusqu'à 25 ans, voire plus.

Mardi 27 novembre, une forte mobilisation policière dans les quartiers concernés semble avoir contribué à faire cesser les incidents. Le lendemain, à son retour de Chine, Nicolas Sarkozy a menacé de faire comparaître en cour d'assises tous ceux qui auraient " tiré sur des fonctionnaires ". Mais l'usage de la force et de la répression ne résoudront évidemment pas les problèmes de fond à l'origine de ces dramatiques explosions qui périodiquement enflamment certains quartiers.

Il faut des écoles, des enseignants. Il faut des emplois pour les jeunes et les moins jeunes. Il faut des transports qui diminuent l'isolement de nombreuses cités. Tout cela, c'est une urgence. Les municipalités concernées n'ont pas les moyens de résoudre ces problèmes, mais l'État, lui, les aurait ; pour peu qu'il donne un peu moins aux plus riches et consacre les moyens nécessaires pour rendre la vie acceptable dans les quartiers populaires.

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