Allemagne : Dans la métallurgie, les patrons veulent revoir la grille des salaires à la baisse.22/02/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/02/une2012.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Allemagne : Dans la métallurgie, les patrons veulent revoir la grille des salaires à la baisse.

C'est le 28 février qu'expire l'accord salarial conclu il y a un an dans la métallurgie allemande et qui concerne près de 3,5 millions de travailleurs. Pour les négociations qui vont s'ouvrir avec le patronat, la fédération syndicale IG Metall met en avant une augmentation de 6,5%. Mais en 2006, elle avait réclamé 5% pour finalement accepter 3%, augmentés d'une prime unique de 310 euros. Le résultat des seules négociations habituelles risque donc bien de conduire à une nouvelle dégradation du pouvoir d'achat.

En 2006 l'inflation officielle qui, comme en France, sous-évalue l'augmentation des dépenses des ménages populaires, s'est élevée à 1,7%. En outre depuis le premier janvier 2007, le taux de TVA a augmenté de 3 points. Et dans de nombreuses entreprises les salaires ont diminué, via la réduction ou la suppression de primes, en particulier de fin d'année.

Et surtout, depuis des mois, les travailleurs des industries métallurgiques et électriques sont en butte à une autre attaque liée à la mise en place de " l'accord-cadre sur les rémunérations " (ERA, selon ses initiales allemandes). Cet accord, signé en 2003 entre la fédération syndicale IG Metall et Gesamtmetall, l'organisation patronale du secteur, prévoie l'harmonisation des salaires des ouvriers et des employés, travail et qualification comparables. Concrètement cela signifie la création d'une grille unique pour tous les salariés, alors qu'il en existait, depuis plus d'un siècle, deux : une pour les " salaires " des ouvriers et une autre pour les " traitements " des employés.

Selon l'IG Metall, qui en avait fait son cheval de bataille depuis plus de dix ans, cet accord devait représenter un progrès et entraîner une revalorisation des salaires des ouvriers qualifiés, trop distancés dans les anciennes grilles par les tarifs des employés. Mais en fait seule une minorité de salariés va recevoir plus d'argent. En revanche, la transposition d'ERA, qui doit s'étaler, en fonction de la zone tarifaire (il y en a 11 dans tout le pays), entre mars 2005 et décembre 2008, risque d'entraîner une dégradation supplémentaire pour beaucoup d'autres. Car dans bien des entreprises, dans les usines automobiles de la région de Stuttgart mais aussi à Berlin ou dans la Ruhr, les propositions patronales pour l'attribution à chaque travailleur d'une nouvelle classification dans cette grille unique, conduisent en fait à un déclassement et donc à une baisse de salaire.

Ces pertes sont différentes d'une entreprise à l'autre et du poste occupé à l'autre. Mais il y a des cas où les ouvriers sur chaîne peuvent perdre 800 euros et les ingénieurs jusqu'à 1500 euros. Personne ne devrait perdre tout de suite de l'argent, car des primes compensatoires sont prévues pour ceux qui seront déclassés. Mais elles seront alimentées par des prélèvement sur les augmentations de salaire à venir, qui seront diminuées d'autant.

Alors cet accord-cadre ERA suscite, depuis des mois, de nombreuses discussions et bien des travailleurs l'ont rebaptisé " accord de réduction des salaires ". Dans un certain nombre d'entreprises il y a eu des réactions, allant de pétitions à des débrayages spontanés. L'IG Metall, s'étonnant de l'attitude des patrons dans cette affaire, alors qu'il est évident que ceux-ci ont saisi l'occasion d'organiser la révision des salaires à la baisse, se contente de poursuivre la négociation pour l'application d'ERA, entreprise par entreprise. Il reste à souhaiter que le mécontentement qui existe s'exprime et que les réactions des travailleurs s'élargissent et se généralisent.

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