Des phrases creuses pour les uns, des espèces sonnantes pour les autres08/02/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/02/une2010.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Des phrases creuses pour les uns, des espèces sonnantes pour les autres

À l'approche de chaque élection présidentielle, les candidats de droite redécouvrent l'existence des travailleurs, histoire d'essayer de glaner quelques voix de ce côté-là. En 1995, Chirac avait placé sa campagne sous le signe de la lutte contre la «fracture sociale»... et une fois élu avait chargé son Premier ministre Alain Juppé de mener une attaque en règle contre le monde du travail, la Sécurité sociale et les retraites.

Aujourd'hui, Sarkozy fait mine de découvrir, comme s'il n'était pas ministre depuis cinq ans, que le niveau de vie des salariés est insuffisant et il prétend défendre la «valeur travail». Mais derrière ces discours hypocrites, il y a seulement «pour gagner plus il faut travailler plus», ce que Sarkozy appelle le «libre choix».

Mais les salariés à temps partiel imposé, l'immense majorité des 800000 hommes et des 3 500000 femmes qui travaillent à temps partiel, n'ont pas le «libre choix». Et ils sont d'autant plus nombreux que la loi, en accordant des exonérations de cotisations sociales à leurs employeurs, encouragent ces derniers à utiliser largement cette formule.

«Travailler plus pour gagner plus», c'est injurier les travailleurs qui, sur les chaînes de montage ou les chantiers, sont brisés par des cadences de travail insupportables, et tous ceux qui croulent, même dans les hôpitaux, les administrations et les bureaux, sous des surcharges de travail.

La semaine dernière, ce sont les enseignants qui ont eu droit à la sollicitude de Sarkozy. Celui-ci a reconnu que «leur pouvoir d'achat s'est dégradé» et a promis que, s'il était élu, il leur rendrait «la considération qui leur est due» et revaloriserait leurs carrières. Comme si lui, Sarkozy, n'était pas ministre d'un gouvernement qui ferme des écoles, qui supprime des milliers de postes d'enseignants, au détriment, non seulement de ceux-ci, mais de tous les enfants mal scolarisés.

En revanche, quand il s'agit des plus riches, grands et petits, Sarkozy sait faire des promesses précises. Aux travailleurs, il demande de faire des heures supplémentaires... si leur patron le veut bien. Mais, aux patrons, il promet qu'ils n'auront même pas de majoration à payer sur celles-ci. Entre Chirac et lui, c'est à qui promettra le plus aux riches: diminution de l'impôt sur les bénéfices des sociétés, suppression des droits de succession, mise en place d'un «bouclier fiscal» destiné à limiter ce que les plus riches auraient à payer. Et les bénéficiaires peuvent avoir confiance, parce que c'est déjà la politique menée depuis des années.

Oui, on ne peut que souhaiter que cette droite aussi effrontément au service des possédants reçoive, lors de l'élection présidentielle, la réponse qu'elle mérite de la part des électeurs populaires.

Mais la candidate du Parti Socialiste, Ségolène Royal, est bien loin de s'engager à annuler toutes les mesures prises depuis cinq ans par la droite au gouvernement. Et ce n'est pas surprenant, parce que les aides de plus en plus importantes accordées aux entreprises sans contrepartie en matière de création d'emplois, les attaques contre la Sécurité sociale, le gouvernement socialiste en a été aussi largement responsable. Le Parti Socialiste, au gouvernement entre 1997 et 2002, n'a rien fait pour revenir sur les décisions prises par son prédécesseur de droite.

Alors il faut qu'en avril prochain, au premier tour de l'élection présidentielle, les travailleurs rejettent cette droite qui mène une politique ouvertement au service des plus riches, mais en même temps qu'ils affirment qu'ils ne font pas confiance à Ségolène Royal pour mener une autre politique, et qu'elle devra tenir compte du mécontentement accumulé depuis des années au sein des classes populaires.

C'est pour permettre à l'électorat populaire de rejeter la droite, mais aussi de dire sa méfiance envers les politiciens de gauche qui ont gouverné la moitié du temps depuis l'élection de Mitterrand en 1981, que mon parti, Lutte Ouvrière, me présente à cette élection.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 5 février

Partager