Chili : Pinochet, la mort d’un dictateur14/12/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/12/une2002.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Chili : Pinochet, la mort d’un dictateur

Un coup d'État fomenté par l'impérialisme et les classes possédantes

Jusqu'au bout, le dictateur chilien Pinochet, qui vient de mourir à 91ans, aura esquivé les poursuites lancées contre lui pour une partie des crimes dont il est responsable. Quant au procès de cette dictature qui a régné de 1973 à 1990, il reste à faire.

Le 11septembre 1973, sous sa direction, l'armée chilienne renversait le régime du président Allende, dirigeant socialiste élu trois ans auparavant. Elle s'emparait du palais présidentiel de La Moneda, dans la capitale Santiago, et des principaux points stratégiques. Les militants de gauche, les syndicalistes ou les membres des associations populaires étaient arrêtés et conduits dans les stades de la capitale, où ils furent torturés et souvent exécutés sommairement. L'aviation bombarda le palais présidentiel mais aussi des usines et des quartiers populaires. La répression dura plusieurs semaines, faisant des milliers de victimes. La dictature de Pinochet s'installait pour dix-sept ans.

Ce coup d'État n'était pas une surprise. Il avait été préparé presque ouvertement durant les mois précédents. Et, malheureusement, la politique menée par le gouvernement Allende n'avait en rien préparé, moralement et matériellement, les classes populaires à y répondre.

En octobre 1970, Allende avait remporté la présidentielle, dans une élection triangulaire, avec seulement 36% des voix. À la Chambre, il disposait de 80 députés sur deux cents. Mais une partie de la droite ayant voté pour lui, son gouvernement d'Unité populaire put succéder à celui du démocrate chrétien Eduardo Frei. Il termina la réforme agraire initiée par ce dernier, nationalisa les mines de cuivre et certaines grandes entreprises étrangères ou chiliennes, en indemnisant les propriétaires. D'autre part, Allende ne toucha pas aux prérogatives de la justice, de la police ou de l'armée. Ces institutions continuèrent de défendre les intérêts des possédants, réprimant les paysans qui occupaient des terres, les ouvriers grévistes ou les marins mutinés.

En 1972, la chute des cours du cuivre entraîna un déficit budgétaire et une inflation, qui engendra à son tour une pénurie et un marché noir. Au Parlement, Allende ne put obtenir de la droite la levée de nouveaux impôts. Celle-ci dénonçait le «chaos économique» créé par le gouvernement d'Unité populaire. Pour le juguler, Allende aurait dû s'en prendre aux classes possédantes, ce qui aurait impliqué de s'appuyer sur les classes populaires qui tendaient déjà à se mobiliser dans des comités d'usine ou de quartier. Mais il s'y refusait.

En octobre 1972, la droite et les patrons, appuyés par les États-Unis, tentèrent de renverser le gouvernement, mobilisant les transporteurs routiers contre lui dans l'espoir de saboter l'économie. La tentative échoua. Pour ménager l'armée, qui comptait déjà un représentant dans son gouvernement depuis mars 1972, Allende lui offrit trois postes.

La gauche remporta encore les élections législatives de mars 1973. Dès lors, pour la droite et l'armée qui voulaient abattre Allende, le putsch devenait la seule issue. En juin 1973, une tentative de coup d'État échoua. Allende ménagea à nouveau la hiérarchie militaire, la laissant s'en prendre aux marins qui s'étaient opposés au putsch. En août, la pression des putschistes augmenta encore. Le général Prats, qui avait soutenu Allende en juin, démissionna de la direction de l'armée de terre. Allende nomma à sa place Augusto Pinochet. En fait, cette politique conciliatrice vis-à-vis de l'armée donnait à celle-ci une place stratégique pour préparer le putsch.

Allende n'aurait pu contrecarrer les militaires que s'il avait accepté d'armer les classes populaires. Il en agita l'idée en paroles mais s'en garda bien en pratique, car les travailleurs et la population pauvre auraient alors pu chercher à régler vraiment leurs comptes avec les possédants.

Le réformiste Allende ne voulait pas d'une telle évolution. Il laissa sa vie dans le palais de La Moneda, bombardé sur l'ordre des militaires qu'il avait lui-même nommés. Mais il laissa aussi les millions de travailleurs qui lui avaient fait confiance, désarmés et désorientés face au coup d'État de 50000 militaires.

Les classes populaires chiliennes allaient payer très cher une politique qui ne les avait pas préparées à affronter vraiment l'impérialisme et les classes possédantes chiliennes, alors que ceux-ci n'étaient pas prêts à tolérer qu'on fasse même mine de s'en prendre à leurs privilèges.

Partager