La Poste — Paris 14 : Facteurs pressurés, usagers méprisés07/12/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/12/une2001.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

La Poste — Paris 14 : Facteurs pressurés, usagers méprisés

Le site Brune, dans le 14e arrondissement de Paris, comprend plusieurs services de La Poste: une partie du personnel du siège, soit près de 1000 personnes, un bureau de poste, un centre de tri faisant travailler plus de 400 postiers le jour comme la nuit, et enfin une plate-forme de distribution du courrier, à laquelle sont affectés près de 240 agents chargés du courrier des 140000 habitants et des entreprises du 14e arrondissement, du lundi au samedi.

En quinze ans, avec les restructurations incessantes, rien que chez les facteurs, le centre a perdu une centaine d'emplois, sous prétexte d'évolution démographique, de baisse de trafic, de 35 heures, ou de modernisation...

La dernière réorganisation, en 2004, a coûté près de 60 emplois. Cela s'est traduit par un rallongement des tournées, des dépassements d'horaires fréquents, très souvent non payés, une intensification des cadences et la perte du samedi sur deux de repos. La dégradation des conditions de travail est telle que beaucoup d'anciens ne se voient pas finir leur carrière à la distribution et souhaitent soit partir en préretraite, soit aller dans un autre service. Mais vu l'hémorragie des effectifs, les possibilités de reclassement deviennent de plus en plus hypothétiques.

Aujourd'hui, près de la moitié des facteurs sont des jeunes issus de Paris et de sa banlieue, qui ne sont pas fonctionnaires mais contractuels, c'est-à-dire licenciables comme dans n'importe quelle entreprise, et dont le salaire est bien moins élevé que celui d'un fonctionnaire. Il n'y a pas si longtemps de cela, le portrait type du jeune facteur, dans le 14e, était quelqu'un venu de province, ayant réussi son concours de fonctionnaire et dont l'avenir et l'évolution de carrière semblaient garantis. Cette époque est révolue.

Pour les usagers, que l'on doit appeler dorénavant «clients», la «révolution du courrier» claironnée sur tous les tons par la direction ne s'est pas traduite par une amélioration. Sauf pour les entreprises qui envoient leur publicité par La Poste: pour un tarif défiant toute concurrence, il est très courant qu'une publicité arrive plus vite qu'une lettre ou même un recommandé, dont la distribution sera retardée d'au moins une journée s'il manque du personnel.

Et les choses ne devraient pas s'améliorer pour le personnel et les usagers: outre la «délocatisation» du centre de tri en banlieue en 2007, la direction prépare déjà les esprits à une prochaine charrette de plusieurs dizaines de suppressions d'emplois en 2008.

Dans le 14e, comme partout à La Poste, la «modernisation» du courrier veut dire plus de mépris pour les petits usagers et plus de précarité pour les postiers, dont la santé et l'avenir se détériorent à mesure que les bénéfices de La Poste s'améliorent.

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