Retraites : Pour Fillon, en chaque travailleur sommeille un privilégié14/09/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/09/une1989.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Retraites : Pour Fillon, en chaque travailleur sommeille un privilégié

François Fillon, actuellement conseiller politique de Nicolas Sarkozy, vient de déclarer qu'il fallait mettre à l'ordre du jour de la prochaine législature, en 2007, la réforme des régimes spéciaux des retraites, c'est-à-dire leur suppression.

Il s'agit des dispositions particulières à certains métiers d'entreprises comme la SNCF, la RATP, La Poste, EDF-GDF et quelques autres liées au secteur public. En 2003, alors ministre des Affaires sociales, Fillon avait momentanément et prudemment épargné ces régimes spéciaux lors de son attaque contre les retraites des fonctionnaires; il voulait sans doute s'éviter le même sort que Juppé en 1995. Il revient maintenant à la charge en prenant, pour la énième fois, le prétexte du déficit des caisses de retraites. Le Parisien relaie complaisamment ses propos en mettant à l'index ces "privilégiés" qui partent en retraite plus tôt que les autres et s'accrochent à des avantages "qui datent d'un siècle".

En fait, une fois de plus, il s'agit d'aggraver le sort de tous les travailleurs. Fillon est très clair: il rappelle qu'entre 2008 et 2012 tout le monde devra passer progressivement de 40 à 42annuités pour toucher une retraite complète; que cela pourra peut-être tenir jusqu'à 2020. Mais, selon lui, il faudra "à terme travailler plus longtemps", "recourir davantage à l'épargne individuelle", "supprimer toute contrainte pour quelqu'un qui veut à la fois liquider sa retraite et travailler", et enfin, "fixer une date de liquidation des pensions plus éloignée qu'aujourd'hui". Cette dernière mesure est d'ailleurs tout à fait possible puisque "la loi le permet d'ores et déjà".

Pour Fillon, tout travailleur est un privilégié qui s'ignore. Il s'agit de remettre de l'ordre dans tout cela en imposant une date de départ en retraite bien après 60ans, une pension encore diminuée si on a l'audace de se sentir fatigué avant l'âge, même après 40ans de travail, et des petits boulots pour avoir peut-être de quoi survivre. C'est son objectif pour 2007 et c'est le programme de Sarkozy, qui veut plaire à tout un électorat réactionnaire, toujours prompt à traiter les salariés de feignants. C'est enfin le souhait du patronat: les caisses se vident en raison du chômage et des dégrèvements de cotisations sociales en faveur des patrons mais, pour eux, c'est aux travailleurs de payer.

Voilà pour une fois des promesses électorales qui seront peut-être tenues, à moins que les salariés ne fassent de la résistance sur leur terrain: celui des luttes.

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