Palestine : Après l'accord de gouvernement, quel espoir pour Gaza?14/09/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/09/une1989.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Palestine : Après l'accord de gouvernement, quel espoir pour Gaza?

L'accord conclu entre le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au nom du Fatah et le Premier ministre, Ismaïl Haniyeh, au nom du Hamas, le parti islamiste, devrait déboucher sur la formation d'un gouvernement palestinien "d'union nationale".

Cette signature représente peut-être un motif de satisfaction pour le président Abbas, dont les efforts politiques pour reprendre la main depuis la victoire du Hamas lors des élections législatives de janvier semblent trouver un résultat. Les bases de discussions auraient été le symbolique "plan des détenus" élaboré par des dirigeants du Hamas et du Fatah emprisonnés en Israël et ayant donné naissance, par la suite, à un document signé en commun par plusieurs groupes palestiniens concurrents. Le document de départ prévoyant notamment la création d'un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale, ainsi que la poursuite de la résistance dans les territoires occupés par Israël depuis 1967, l'accord entre le Fatah et le Hamas peut être interprété comme une reconnaissance implicite de l'existence d'Israël.

Or c'était le préalable exigé par l'Union européenne et les États-Unis à la reprise du versement des aides financières directes, qui avaient été suspendues après la formation du gouvernement du Hamas. Les grandes puissances avaient ainsi montré la valeur de leurs appels à la "démocratie" en infligeant une punition collective aux Palestiniens pour avoir rendu le Hamas majoritaire aux élections législatives.

Si les grandes puissances ne posent pas, en sus, de nouvelles conditions comme la "renonciation à la violence" -qu'elles n'exigent pas, que l'on sache, d'Israël- les centaines de milliers de fonctionnaires palestiniens dont le salaire dépend totalement de ces aides et qui n'ont pas été payés depuis sept mois pourraient à nouveau faire vivre leurs familles. En conséquence, la grève déclenchée depuis début septembre dans les écoles et le secteur de la santé pour non-paiement des traitements pourrait cesser.

Toutefois, même cette reprise éventuelle des aides financières sera bien insuffisante pour permettre à la population palestinienne, à Gaza, de sortir de la situation catastrophique dans laquelle elle est plongée depuis quelques semaines. Au-delà de l'enfermement, souvent dans des camps de réfugiés, du chômage et de la misère, les 1,4 million d'habitants de la bande de Gaza doivent faire face, quotidiennement, aux bombardements et aux tirs israéliens, qui ont fait plus de 260 morts et de 1200 blessés en deux mois.

Gaza n'est plus qu'une grande prison à ciel ouvert, où tout le monde manque de tout: de médicaments et de produits alimentaires de base, de matériaux et même d'assistance de tous ordres. Tous les points de passage sont bloqués, aussi bien aux marchandises qu'aux hommes. Même les malades dont la situation s'aggrave faute de traitements ne peuvent être évacués pour être soignés. L'électricité ne peut plus être fournie que six heures par jour, depuis le bombardement des centrales, car l'importation des matériaux nécessaires aux réparations, estimées à six mois, est elle aussi soumise au blocus israélien. Israël maintient d'ailleurs également sa mainmise sur les 54 millions de dollars de taxes mensuelles que les importations dans la bande de Gaza devaient rapporter à l'Autorité palestinienne.

Si l'aide internationale reprenait, peut-être la population de Gaza verrait-elle ses désastreuses conditions de vie quelque peu allégées. Mais sa situation ne changera pas sur le fond. Car, de toute évidence, Israël n'a aucune intention de modifier sa politique, écrasant le peuple palestinien et refusant toute perspective de règlement du conflit sous prétexte qu'il n'y a pas d'interlocuteur côté palestinien.

Entre temps les dirigeants israéliens poursuivent leur colonisation de la Cisjordanie, complétée par une politique de force à l'égard de tous les peuples voisins en Palestine et, comme on l'a vu ces derniers temps au Liban. C'est bien cette politique d'agression permanente qui est responsable de l'impasse dans laquelle s'enfonce le Moyen-Orient. Une politique que tous les peuples paient au prix fort, y compris le peuple israélien, que ses dirigeants ne font que mener d'une guerre à une autre.

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