Quand le fromage de Hollande est menacé11/08/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/08/une1984.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Quand le fromage de Hollande est menacé

François Hollande, le premier secrétaire du Parti Socialiste, a déclaré sur France Inter avoir adressé un courrier, daté du 3 août, à tous les élus socialistes, leur demandant de n'accorder «pour le moment» aucun parrainage pour l'élection présidentielle.

Le «pour le moment» est savoureux car, «pour le moment», les élus socialistes auraient bien du mal à deviner quel candidat du Parti Socialiste il leur faudrait parrainer.

Hollande aurait ajouté à destination des élus socialistes: «Votre soutien massif à celui ou celle d'entre nous qui portera nos couleurs à l'élection présidentielle de 2007 sera déterminant.» Ben voyons! Déterminant, on ne voit guère ni pourquoi ni comment car, que le candidat du Parti Socialiste ait 1000 ou bien 10000 parrainages, cela n'aura guère d'impact sur l'opinion ou sur l'électorat et cela ne sera peut-être même pas connu. De plus, ce sera complètement inutile. Le PS, entre ses députés, ses sénateurs, ses élus au Parlement européen, ses conseillers régionaux et généraux, sans parler des maires socialistes des grandes, moyennes et petites villes, a, au moins, plusieurs milliers de parrains potentiels, alors que la loi n'en exige que 500. Il y a donc beaucoup de formulaires officiels de parrainage qui iront avant l'heure à la déchiqueteuse, voire directement à la poubelle.

Ce n'est donc pas le «soutien massif» dont parle Hollande qui serait déterminant, c'est, plus prosaïquement, le fait que les parrains, n'ayant le droit de parrainer qu'un seul candidat, seront neutralisés pour qui que ce soit d'autre. Hollande n'a même pas confiance dans la parole des élus socialistes, il tient à ce que les formulaires officiels de parrainage soient inutilisables. Même pour les ex-partenaires du Parti Socialiste au gouvernement Jospin, comme le Parti Communiste, les Radicaux de Gauche, ou le Mouvement Républicain et Citoyen. D'ailleurs, notons en passant que le fait que ce dernier n'ait pas encore dit s'il présenterait un candidat ou pas est dû à ce qu'il attend «un accord satisfaisant pour les législatives» de 2007, autrement dit que le PS lui réserve suffisamment de circonscriptions «éligibles» où le candidat du Mouvement Républicain et Citoyen serait le candidat unique de gauche.

Ces gens-là ont vraiment des convictions politiques d'autant plus solides qu'elles ne tournent qu'autour d'un seul axe, celui de leur intérêt personnel.

Quant à l'extrême gauche, c'est-à-dire la LCR et LO, François Hollande en a dit, toujours sur France Inter: «Ils n'ont rien compris de ce qui s'est passé en 2002.»

Nous avons pourtant l'impression que c'est Hollande qui n'a pas compris grand-chose à ce qui s'est passé au premier tour en 2002, ou du moins qui fait semblant.

Rappelons les faits: au premier tour de la présidentielle de 2002, le candidat du Parti Socialiste, Lionel Jospin, et le candidat du Parti Communiste, Robert Hue, ont perdu, à eux deux, plus de quatre millions de voix (exactement 4159633) par rapport à la présidentielle précédente, dont presque deux millions cinq cent mille (2487653) pour le seul candidat du PS. À qui donc la faute?

Ce n'est pas Le Pen qui les leur a prises, puisqu'il n'a gagné qu'un peu plus de deux cent mille voix (233875) sur plus de quatre millions et demi, soit 1,86% de plus par rapport à la présidentielle précédente.

Ce n'est pas l'extrême gauche non plus. D'ailleurs Arlette Laguiller a fait presque le même score en 2002 que précédemment (plus 14593), ce qui n'avait pas empêché à l'époque le candidat socialiste d'être présent au 2e tour. Il n'y a, statistiquement, à l'extrême gauche, que celles d'Olivier Besancenot qui se sont ajoutées, et c'est loin du compte. En effet, de toute façon, le total des voix d'Olivier Besancenot et d'Arlette Laguiller était, avec deux millions huit cent quarante mille voix (2840707), loin des plus de quatre millions de voix perdues par la gauche gouvernementale.

Si PC-PS, après cinq ans de pouvoir, ont perdu tant de voix, c'est bien parce que leurs électeurs étaient, pour le moins, bien loin d'être satisfaits de l'action du gouvernement Jospin. Ni le PC ni le PS ne se sont excusés ou expliqués en recherchant, par exemple, leurs erreurs, et en promettant de ne plus recommencer. Bien sûr que non! Ils se sont contentés d'agiter l'épouvantail Le Pen qui venait de surgir opportunément. Disons en passant qu'ils ont appelé à voter Chirac prétendument pour barrer la route à Le Pen. Ce serait vrai si Chirac n'avait pas été certain d'être élu contre Le Pen, même sans le vote de tout l'électorat de gauche. Et avec 82% des voix, le plébiscite de Chirac, auquel ont largement contribué le PS et le PC, s'il a écarté Le Pen, a amené Sarkozy sur le devant de la scène, lequel, sur pas mal de points, vaut bien le premier. De plus, on a de bonnes chances d'avoir un jour Sarkozy comme président de la République, si ce n'est cette fois, du moins la prochaine.

Mais revenons-en à l'échec de Jospin, auquel nous n'aurions rien compris, selon les dires de François Hollande. En dehors de la réduction massive de l'électorat du PC et du PS, il y a eu aussi le fait que le Parti Communiste et les Verts, qui étaient tous deux associés au PS dans le gouvernement Jospin, se sont présentés contre Jospin.

En se présentant séparément du PS, le Parti Communiste et les Verts ont pris des voix à Jospin, bien plus que l'extrême gauche ne l'a fait. Pourtant eux étaient des associés. Ce qui n'était pas le cas de l'extrême gauche qui était loin de partager tous les choix et toutes les décisions du gouvernement socialiste (comme le blocage des salaires, la réduction du nombre de médicaments remboursés, la diminution du remboursement de certains de ceux qui l'étaient, le refus d'intervenir contre les licenciements massifs, etc., etc.). Il y en a que nous approuvions, comme le Pacs, la Couverture maladie universelle, voire, en partie, les 35 heures, tout en critiquant le fait que tous les travailleurs n'en bénéficiaient pas et qu'une partie de ceux qui en bénéficiaient, s'ils étaient embauchés au smic, touchaient un smic réduit d'environ 10%. Mais cela dit, l'échec de Jospin écarté du 2e tour était bien plus dû à cette division PS-PC et Verts qu'à la présence de l'extrême gauche.

Et, selon toute évidence, c'est la gauche, PS-PC-Verts, qui n'a rien compris à ce qui s'est passé en 2002, puisque ces trois partis vont recommencer à se présenter séparément, avec trois candidats, les uns contre les autres, au risque une fois de plus de ne pas avoir de candidat au 2e tour.

S'ils voulaient vraiment mettre toutes les chances de leur côté, ils auraient choisi de ne présenter qu'une candidature unique, dès le premier tour. Mais non, ils ont tous l'oeil rivé sur une répartition qui leur convienne aux législatives et aux municipales qui suivront, tout comme le Mouvement Républicain et Citoyen. Et cela au risque de perdre à nouveau la présidentielle, car «chasser la droite» c'est plus pour les autres que pour eux, qui considèrent qu'un poste de président ne vaut pas quelques dizaines de sièges de députés.

Et qui Hollande veut-il écarter du scrutin? Pas le PCF qui, comme le PS, entre ses députés, ses sénateurs, ses députés au Parlement européen, même s'il n'en a plus beaucoup, mais aussi ses conseillers régionaux et généraux, ou ses maires, n'a aucun mal pour trouver 500 parrainages pour Marie-George Buffet. Les Verts, vu leur implantation un peu partout et même en milieu rural, auprès d'un grand nombre de maires sensibles à l'écologie, n'auront, eux non plus, aucun mal.

Si quelqu'un était écarté, ce serait ou Olivier Besancenot ou Arlette Laguiller ou, mieux pour Hollande, les deux!

Alors, quand on voit un responsable de grand parti, pour arriver au pouvoir, prendre les auditeurs de France Inter auxquels il s'est adressé pour des imbéciles, cela n'augure pas de la meilleure façon ce qu'il sera capable de faire s'il y parvient. D'ailleurs, vu le combat des chefs au sein du Parti Socialiste pour se disputer l'investiture du Parti Socialiste, de tous ceux qui se disent candidat à la candidature du PS, Ségolène Royal, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Fabius et peut-être, qui sait, feu Jospin, on se demande si l'unité qu'ils reprochent aux autres de ne pas faire, ils n'auraient pas dû au moins la faire plus vite en leur sein. À tel point qu'on peut se demander si, quel que soit le candidat ou la candidate choisi finalement en novembre par le PS, il bénéficiera vraiment du soutien de tous les membres de ce parti et si chacun, regrettant que ce ne soit pas son poulain qui ait été choisi, ne rechignera pas à soutenir celle ou celui qui l'aura été. D'ailleurs, le «soutien massif» que François Hollande réclame aux élus socialistes est peut-être fait aussi pour resserrer les rangs, au moins à la base, et empêcher que la division des dirigeants socialistes rejaillisse sur la totalité du Parti Socialiste.

En ce qui concerne Arlette Laguiller, qui n'a pas encore tous les parrainages voulus mais qui compte bien les avoir, étant donné les premiers contacts que nos camarades ont eus, les consignes de François Hollande aux élus socialistes pourront peut-être lui valoir certaines difficultés. Mais, au contraire, le choix final du candidat du Parti Socialiste nous facilitera peut-être les choses auprès de certains élus socialistes, qui n'auraient aucune envie de soutenir le candidat qui sera finalement choisi après cette lutte souterraine, pour ne pas dire intestine.

Et puis, il n'y a pas que les élus socialistes, il y a aussi des élus de sensibilité communiste ou des élus sans étiquette qui ont déjà parrainé Arlette Laguiller. Alors, sans nul doute, beaucoup le feront à nouveau ou pour la première fois, parce que dégoûtés des grands partis qui monopolisent les médias et la politique.

Pas rancuniers, nous souhaitons quand même bonne chance à François Hollande pour gérer ce panier de crabes, en souhaitant aussi, pour son intégrité physique, que ce ne soient pas des rats au lieu de crabes.

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