Ce n’est pas le ballon mais leur monde qui ne tourne pas rond21/06/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/06/une1977.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Ce n’est pas le ballon mais leur monde qui ne tourne pas rond

Le Mondial de football était censé fournir à l'opinion publique sa dose d'ecstasy et les exploits de l'équipe de France faire passer à l'arrière-plan les scandales et les mauvais coups du gouvernement. Malgré les doses massives administrées par la télévision et les journaux, la drogue a du mal à produire son effet, et ce n'est pas seulement à cause du jeu incertain et des résultats hasardeux de l'équipe de France.

Pendant la Coupe du monde, les coups contre les classes populaires continuent. 15000 suppressions de postes dans la Fonction publique, dont plus de la moitié à l'Éducation nationale! Voilà la dernière trouvaille du gouvernement pour faire des économies sur le budget de l'État. Pendant que ce budget et celui de la Sécurité sociale prodiguent au grand patronat des cadeaux se chiffrant en dizaines de milliards d'euros rien qu'en abattements fiscaux ou en exonérations de charges sociales, c'est sur le personnel des écoles que l'État fait des économies. L'Éducation nationale manque déjà d'enseignants en nombre suffisant pour prendre en charge correctement l'éducation des enfants des classes populaires. Eh bien, ce sera encore pire.

On se prépare aussi à faire des économies au détriment des soins. Une troisième vague de déremboursements de médicaments est en préparation. Chaque déremboursement aggrave le fossé entre ceux qui ont de l'argent et qui peuvent se soigner comme ils veulent, et ceux qui n'en ont pas et qui n'ont qu'à se faire une raison de se soigner plus mal ou de ne plus se soigner du tout.

Et puis, il y a cette affaire de Gaz de France que le gouvernement veut à tout prix fusionner avec le groupe financier Suez. Il y a à peine deux ans, le gouvernement a changé le statut de EDF-GDF pour faire de ce service public deux groupes qu'on pouvait livrer à la convoitise du privé. Voilà qu'il fait mine de découvrir que, seul, GDF est trop petit pour jouer un rôle sur le marché énergétique mondial. La fusion avec Suez mettra GDF entièrement sous la coupe de ce groupe privé. Le groupe propriétaire de l'entreprise cherchera à rendre son profit maximum. Cela se traduira par une nouvelle hausse du prix du gaz, déjà augmenté de manière dramatique pour les usagers aux revenus les plus faibles.

Les travailleurs de GDF ont toutes les raisons de craindre des réductions d'effectifs. Tant pis pour les uns comme pour les autres, la fusion est souhaitée par le PDG et les actionnaires de Suez, et le gouvernement se prépare à s'exécuter dès lors qu'il aura trouvé l'astuce lui permettant de contourner sa propre majorité, qui craint des réactions de ses électeurs.

On dirait que le gouvernement fait tout pour que les électeurs se disent: avec la gauche, cela ne pourra être que «moins pire». Du coup, le PS peut se contenter d'attendre que la déception à l'égard de la droite se traduise dans les urnes en votes en sa faveur. Son programme récemment publié, intitulé «Réussir ensemble le changement», est un tissu de phrases creuses. Un texte fait pour ne déplaire à aucun des candidats possibles du PS pour la présidentielle, ni à aucun des futurs alliés d'une éventuelle gauche unie. Mais il n'y a rien qui puisse changer le sort des travailleurs.

La musique du programme du PS et quelques fortes paroles en faveur des services publics sonnent certes mieux que le langage réactionnaire et antiouvrier de la droite. Les rares mesures concrètes proposées sont cependant soigneusement étudiées pour ne rien coûter au patronat.

Mais on ne peut donner aux services publics, aux écoles, aux hôpitaux, les moyens qui leur manquent sans diminuer les subventions et les aides que l'État verse aux entreprises capitalistes. On ne peut diminuer le chômage sans prendre sur les bénéfices énormes des entreprises de quoi financer le maintien de tous les emplois sans diminuer le salaire de personne.

On ne peut rien pour les travailleurs en ambitionnant de gérer la société dans le respect de l'économie de marché, aussi stupide qu'injuste, et dans l'obéissance servile à la bourgeoisie.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 19 juin

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