Bosch – Beauvais (Oise) : Encore des suppressions d’emplois dans un groupe florissant21/06/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/06/une1977.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Bosch – Beauvais (Oise) : Encore des suppressions d’emplois dans un groupe florissant

Le groupe Bosch a annoncé début juin la suppression de 371 postes, sur un total de 1600 dans sa branche française du freinage automobile. Les deux sites les plus touchés sont celui de Saint-Barthélémy-d'Anjou (près d'Angers) où 200 postes sur 550 sont visés, et celui de Beauvais pour 120 postes sur 325.

Ce n'est pas que Bosch perdrait de l'argent. Le groupe est florissant: il se flatte d'un «résultat des opérations courantes» de 2,6 milliards d'euros en 2004 (soit 1450 euros par mois et par personne en moyenne, l'équivalent d'un salaire d'ouvrier) contre 1,8 en 2003, et en 2005 ses bénéfices ont encore augmenté de 18% d'après le journal pro-patronal Le Figaro.

120 suppressions d'emplois: 120 chômeurs de plus

Sur les 120 postes à supprimer sur le site de Beauvais, 80seraient des départs anticipés amiante, suivant le procédé que Bosch a utilisé à maintes reprises depuis des années pour se débarrasser des plus anciens à peu de frais.

Restent 40 postes dont on nous dit que ce ne seront pas des licenciements secs. Des mini-mesures d'accompagnement seraient prévues sous la forme de primes de départ et la possibilité de mutations sur d'autres sites comme celui de Drancy en Seine-Saint-Denis, mais les volontaires ne se bousculent pas pour autant. Car, alors que Bosch supprime régulièrement des emplois dans chacun de ses sites, comment ceux qui accepteraient, sous la contrainte, d'être mutés, pourraient-ils avoir la garantie de conserver ensuite leur emploi?

De propriétaire en propriétaire, 2000 emplois supprimés en 30 ans

Quoi qu'il en soit, 120départs, même s'il n'y a pas beaucoup de licenciements secs, cela fera 120 emplois de moins sur la région. C'est donc 120 chômeurs de plus qui s'ajouteront aux 2000 emplois supprimés sur cette usine en 30ans. Bosch se comporte en effet comme la plupart des entreprises du Beauvaisis -Nestlé, Spontex (groupe Total), La Brosse et Dupont (auparavant groupe LVMH), l'imprimerie Goossens, Tréfimétaux, GE Plastics, Esselte, etc.- appartenant quasiment toutes à des groupes internationaux richissimes, dont les effectifs ont baissé d'environ 7000 dans cette période. 7000, c'est le nombre officiel de demandeurs d'emploi du Beauvaisis; ce n'est pas un hasard: les chômeurs sont fabriqués avant tout par les licenciements.

Depuis 40 ans, l'usine de Beauvais est passée de propriétaire en propriétaire: de Lockheed, elle a été vendue à DBA (Ducellier-Bendix-Air Équipement) puis à Bendix, puis à deux trusts mondiaux: d'abord Allied Signal (aujourd'hui Honeywell, 5e fournisseur du Pentagone), enfin Bosch, leader mondial de l'équipement automobile. À chaque fois, vendeur et acheteur ont fait des affaires: le vendeur s'était enrichi des profits réalisés par le travail des ouvriers, et l'acheteur, lui, commençait par supprimer des centaines d'emplois pour accroître encore la productivité.

Au milieu des années 1970, l'usine comptait environ 2500 salariés. Près de 300 personnes ont été mutées fin 1970 vers une entreprise voisine qui a fermé deux ans plus tard. À partir de 1985, DBA-Bendix s'est débarrassé de centaines de travailleurs, à la fois sous la pression, en les faisant démissionner, et sous la forme de neuf licenciements par mois pendant des années, astuce qui lui permettait de ne pas payer les conséquences légales d'un plan social.

Ces plans de licenciements ont réduit les effectifs de l'usine à moins de 800 personnes en 1999. Cette année-là, Bosch a trouvé un autre moyen de se débarrasser des plus anciens, sans devoir payer de frais de licenciement. En effet, de 1966 à 1985, les travailleurs de l'usine ont manipulé de l'amiante et respiré cette poussière dont les dangers mortels sont connus depuis près d'un siècle. Une loi de 1998 prévoit que les travailleurs concernés peuvent bénéficier d'une retraite anticipée de trois mois par année passée sur le site amianté -c'est bien la moindre des choses! -mais payée par la Sécurité sociale, et non par l'employeur. Plusieurs centaines de personnes sont donc parties dans ces conditions, sans être remplacées.

Un but constant: réaliser le maximum de profits

Tout au long de cette période de suppressions d'emplois, on nous a servi les mêmes balivernes: nous ne serions pas assez rentables. Et cette fois l'objectif proclamé est d'augmenter de 30% la productivité de l'usine! Décidément, pour les actionnaires, il en faut toujours plus.

Mais cet argent ainsi accumulé dans leurs coffres-forts, c'est nous qui l'avons créé par notre travail. Il doit servir à ce que pas un seul d'entre nous ne soit lésé. Les profits accumulés doivent servir à conserver les emplois de tous et à embaucher des jeunes pour remplacer les anciens.

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