Très cher pétrole, dictature des trusts et spéculation20/04/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/04/une1968.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Très cher pétrole, dictature des trusts et spéculation

Les prix à la pompe de l'essence et du gazole s'envolent. Pour ceux dont le salaire est bas, la majorité des travailleurs donc, se déplacer en voiture devient une charge difficile à supporter. Ceux qui n'ont d'autre choix que la voiture pour aller au travail doivent se restreindre sur autre chose.

Et, avec le prix du gazole s'envole celui du fioul. Le chauffage pèse de plus en plus dans le budget d'une famille ouvrière.

Derrière les prix à la pompe, il y a ceux du pétrole brut sur le marché mondial. Ils battent des records. Et ce n'est pas fini. Depuis plus d'un an que, par secousses successives, le prix des produits pétroliers augmente, les commentateurs ont donné une foule d'explications. Hier, c'était le cyclone Katrina, l'instabilité de la situation politique au Nigeria ou au Venezuela. Aujourd'hui, ce serait la menace de guerre qui plane sur l'Iran, avec le risque que ce pays, quatrième producteur mondial, ferme ses puits. Et on parle de la Chine ou de l'Inde dont les demandes en croissance feraient monter les prix sur le marché mondial.

Et, au-delà des événements conjoncturels, il y a l'idée que, les ressources pétrolières étant limitées, ces mouvements de prix sont naturels. Mais c'est un mensonge.

L'exploitation et la commercialisation de produits pétroliers sont dominées par une dizaine de trusts, les plus riches et les plus puissants du monde. Exxon, Shell, BP ou Total ne sont pas seulement des enseignes qu'on rencontre le long des routes aux quatre coins du monde. Ils exercent une véritable dictature sur l'économie mondiale. Et pas seulement sur l'économie. Ils font et défont rois, émirs et dictateurs dans les pays producteurs. Ils achètent, corrompent ministres et hommes politiques. Dans combien de guerres, au Moyen-Orient, en Amérique latine ou en Afrique, où -pour paraphraser Anatole France- on croit mourir pour la patrie et on meurt pour les trusts pétroliers?

Depuis des années, les trusts pétroliers n'investissent pas ou peu dans la prospection et l'exploitation de nouveaux gisements, ne construisent pas de nouvelles raffineries et cherchent encore moins à découvrir des produits de substitution. Ils préfèrent augmenter leurs profits sans augmenter la production. Ils sont comme tous les capitalistes par ces temps de stagnation économique. Mais ils ont plus de moyens pour imposer leur loi.

La hausse du prix des produits pétroliers, qui se traduit par un affaiblissement de son pouvoir d'achat pour la population, se transforme en profits pour les trusts du pétrole et en dividendes pour les actionnaires. Ils sont plus élevés que jamais. Total est non seulement le trust le plus riche de France, mais il est de ceux qui ont le plus augmenté leurs profits.

Cette hausse, décidée par les trusts pétroliers eux-mêmes, est amplifiée par des opérations spéculatives. Les groupes capitalistes regorgent d'argent. À la recherche de placements financiers qui rapportent, ils misent sur les matières premières. Le pétrole autant et plus que d'autres. On achète du pétrole dans le but, la hausse aidant, de le revendre plus cher. Même pas besoin que le produit se déplace, il suffit que l'argent circule. Mais cette demande spéculative contribue de son côté à pousser les prix vers le haut.

Tout cela enrichit les trusts du pétrole, leurs actionnaires, les spéculateurs. L'État prélève sa propre part de la façon la plus injuste qui soit, par les impôts indirects qui frappent le propriétaire d'une Clio au même tarif que celui d'une Rolls Royce.

Tous ceux qui profitent de la hausse du pétrole savent que cela appauvrit un peu plus les classes populaires. Ils savent tous que les conséquences en seront catastrophiques pour les pays pauvres. Ils savent tous que la hausse du prix du pétrole est néfaste pour l'économie dans son ensemble.

Ils le savent tous, mais qu'importe que la société en crève puisque cela leur rapporte du profit! Cette dictature des groupes capitalistes, assise sur une économie de marché stupide, ne peut décidément pas représenter l'avenir pour l'humanité!

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 18 avril

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