En 1994, Balladur retirait le "smic-jeune" : La rue peut défaire les lois votées par le Parlement22/02/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/02/une1960.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

En 1994, Balladur retirait le "smic-jeune" : La rue peut défaire les lois votées par le Parlement

Dans les académies qui ne sont pas en vacances scolaires, les étudiants surtout mais aussi les lycéens n'attendent pas la manifestation du 7 mars pour protester contre le CPE (contrat première embauche). Des assemblées générales se tiennent dans nombre d'universités, suivies de grèves dans différents endroits.

Car même si Villepin réussit à faire passer à la hussarde l'instauration du CPE, en utilisant l'article 49-3, cela ne signifie pas pour autant qu'il est trop tard pour faire reculer le gouvernement. L'exemple du "smic-jeune", que le gouvernement Balladur avait tenté d'instaurer en 1994, est un encouragement à poursuivre et amplifier les manifestations.

Début 1994, le Parlement votait un texte de loi relatif à la création d'un "contrat d'insertion professionnelle" (CIP) qui devait paraît-il permettre aux jeunes de trouver un emploi. Deux mois et demi plus tard, Balladur annonçait son retrait. Mais entre-temps la jeunesse s'était largement mobilisée, soutenue par les organisations ouvrières.

Cette mobilisation commença en fait après le vote de la loi, au moment de la publication des décrets d'application dans le Journal Officiel, le 24 février 1994. Ce contrat permettait aux entreprises d'embaucher des jeunes de moins de 26 ans en ne les payant que 80% du smic, si elles ne leur proposaient pas de formation. Pour celles qui proposaient une formation, le salaire était encore moindre, apparenté à ce que touchent les apprentis: 30% du smic si le jeune avait moins de 18 ans, 50% entre 18 et 21 ans, et 65% au-delà.

Refusant l'instauration de ce "smic-jeune" qui s'appliquait à tous les jeunes, qu'ils soient diplômés ou sans qualification, les étudiants et les lycéens sont descendus dans la rue. Des manifestations eurent lieu les 10, 12 et 17 mars, rassemblant des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays. Le 22 mars, le gouvernement proposait de remanier ces décrets de façon moins défavorable aux jeunes diplômés, c'est-à-dire les étudiants qui étaient à la tête de la contestation. Les titulaires d'un bac + 2 auraient perçu 80% du salaire habituel de l'entreprise, et non plus 80% du smic, et en outre ils auraient dû recevoir une formation pendant 20% de leur temps de travail.

Cela n'a pas suffi à désamorcer la colère des jeunes. Une manifestation appelée pour le 25 mars rassembla encore plus de monde. Trois jours après, le 28 mars, Balladur annonça qu'il "suspendait" l'application du CIP pendant une semaine, le temps qu'il discute avec des représentants des étudiants et des lycéens. Le 30 mars, alors qu'une autre manifestation était prévue pour le lendemain, le CIP était définitivement enterré, remplacé par une aide aux patrons qui embaucheraient des jeunes de moins de 26 ans.

Un gouvernement peut proposer une loi allant au-devant des désirs des patrons, les députés complaisants peuvent la voter: en définitive, n'en déplaise à ces messieurs, c'est la rue qui peut faire la loi, quand les travailleurs et les jeunes montrent leur détermination.

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