Allemagne : La grève dans un hôpital d'Essen22/02/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/02/une1960.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Allemagne : La grève dans un hôpital d'Essen

La grève contre la volonté des pouvoirs publics d'imposer aux salariés des services publics des communes de l'ouest de l'Allemagne un horaire de 40 heures, payées 38h30, est entrée dans sa troisième semaine. Nous publions un témoignage sur la lutte engagée à la Clinique Universitaire d'Essen, un des six grands hôpitaux universitaires du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

À la Clinique Universitaire d'Essen, plusieurs centaines de personnes sont en grève depuis une semaine et demie. Depuis 2001 il n'y a plus, dans ce secteur, de convention collective et tous les nouveaux embauchés le sont sur la base d'un horaire de 41 heures par semaine et n'ont pas droit à la prime de congés payés.

De cette manière le gouvernement régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie cherche à diviser les travailleurs. D'abord on impose à certains des conditions de travail plus défavorables, afin d'empêcher une résistance collective, avant d'étendre un jour ou l'autre cette dégradation à tous. Mais leur plan n'est pas encore réalisé et désormais les salariés luttent pour une convention collective avec 38h30 pour tous.

Chaque matin, les grévistes se réunissent dans la tente qu'ils ont installée, prennent le petit déjeuner ensemble et discutent de la manière dont on peut étendre la grève et la populariser. Lorsque des travailleurs d'un secteur rapportent comment leurs chefs tentent d'empêcher la grève, des "visites" communes de nombreux grévistes y sont spontanément organisées.

Et les grévistes participent, bien sûr, aux manifestations communes avec les collègues du secteur public, comme celles qui ont eu lieu récemment dans le centre-ville d'Essen et à Duisburg.

Chacun essaie de contribuer à la grève comme il le peut. Certains apportent un repas typique de leur pays d'origine, d'autres font des démonstrations de danse, et des élèves en kinésithérapie donnent des cours de gymnastique, auxquels la moitié des présents participent. Et presque chaque jour il y a un anniversaire à fêter. Même la pluie continue n'arrive pas à pourrir l'ambiance.

La direction ne s'est pas risquée, pour l'instant, à venir dans la tente. Ce n'est pas étonnant car chacune de ses provocations a été accueillie avec des concerts de sifflets. Après des années durant lesquelles les conditions de travail à l'hôpital se sont détériorées de façon continue, cela fait du bien de dire enfin: "Cela suffit!", même si cela perturbe le fonctionnement de l'hôpital. "Maintenant, ceux d'en haut sentent combien ils sont dépendants de nous. Alors que d'habitude ils nous considèrent, nous simples travailleurs, comme des moins que rien", dit une collègue.

De différents côtés, les grévistes reçoivent des signes de solidarité. Des automobilistes qui klaxonnent et lèvent le pouce, lorsqu'ils nous voient manifester, des collègues du secteur public, de la chimie, de la métallurgie qui viennent exprimer leur soutien, et jusqu'à une classe d'une école qui est venue rendre visite aux grévistes.

La solidarité est utile car ce n'est pas facile de maintenir la grève. La direction de l'hôpital essaie d'intimider les travailleurs et les menace même d'avertissements. Elle répand aussi dans la presse la calomnie selon laquelle les patients souffriraient beaucoup de la lutte. C'est un mensonge absolu. Dans tous les cas où la vie du patient risque d'être mise en danger, l'opération a lieu. On veut, avec ces mensonges éhontés, monter la population contre les grévistes et les intimider.

La direction et les politiciens ne manquent pas d'impudence. Depuis des années, ce sont ces gens-là qui font des économies sur le dos de la santé, ferment les hôpitaux, suppriment des postes, réduisent les budgets pour les traitements et les médicaments.

A cause de cette politique, il n'y a aujourd'hui, par rapport à il y a une quinzaine d'années, que moitié d'infirmières par service. Elles doivent assumer des tâches supplémentaires, pour lesquelles il y avait auparavant du personnel, comme par exemple apporter les repas. Malgré de nombreuses heures supplémentaires non payées et l'engagement plus important des infirmières, elles ne peuvent souvent pas apporter l'assistance nécessaire. Des médecins doivent opérer, même s'ils n'ont pas dormi depuis 24 heures. Tout cela ne représente-t-il pas un danger pour les patients?

Des économies sont également faites dans le domaine du nettoyage. Il y a dix ans, deux salariés avaient dix heures pour nettoyer un secteur donné. Aujourd'hui, une seule personne n'a que quatre heures pour effectuer le même travail. Et en ce qui concerne les traitements et les opérations, les assurés sociaux n'y ont plus accès, ou après des mois d'attente.

Si les politiciens et les responsables de l'hôpital prenaient vraiment en considération le bien des patients, ils mettraient l'argent nécessaire à disposition, pour garantir du personnel suffisant, un approvisionnement et un traitement corrects pour tous. Au lieu de cela, ils suppriment et épargnent toujours. Ce sont eux qui mettent en danger la santé et la vie des patients!

La grève est une lutte contre la détérioration des conditions de travail dans l'hôpital et, en cela, c'est aussi une grève pour la défense des intérêts des malades comme des employés. C'est le seul moyen de le faire.

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