Restos du coeur : Vingt ans de mépris de l'État!07/12/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/12/une1949.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Restos du coeur : Vingt ans de mépris de l'État!

La campagne des Restaurants du coeur a commencé le 5 décembre et l'association s'attend à un afflux très important de nouveaux bénéficiaires. À sa fondation par Coluche en 1985, il s'agissait de donner un coup de pouce à des gens démunis et les initiateurs espéraient que ce serait provisoire. Cela ne l'a pas été.

Dans l'hiver 1985-1986, 5000 bénévoles distribuèrent 8,5 millions de repas. Vingt ans plus tard, en 2004, 66 millions de repas ont été distribués par 43000 bénévoles. Ceux-ci voient arriver la "deuxième génération", comme cette mère célibataire qui a presque toujours connu la précarité, mais aussi "de plus en plus de travailleurs pauvres, de personnes âgées aux ressources trop maigres". Cent vingt "Restos bébés du coeur" ont même été créés, où nourriture et soins sont prodigués à 29500 bébés chaque année. Le président des Restos du coeur, qui dénonce cette permanence de la précarité, dénonce aussi l'indifférence des pouvoirs publics et également la mauvaise volonté évidente d'un certain nombre de municipalités.

À Paris, le seul centre situé au coeur de la capitale, rue Rambuteau, a dû fermer pour cause de programme immobilier entrepris à cet endroit par la Mairie de Paris. Les Restos du coeur ont dû "se battre comme des chiens pour réussir à ouvrir trois nouveaux centres", selon les termes de leur président. Ce dernier accuse aussi certaines communes de vouloir "cacher la misère et l'exporter au-delà des frontières de leur centre-ville". La présidente des Restos du coeur de Seine-Saint-Denis a expliqué qu'elle avait dû négocier pendant plusieurs années avec les maires de Montfermeil, Gagny et Bagnolet pour obtenir des locaux.

On peut imaginer que certaines communes, aux finances limitées, aient du mal à fournir toute l'aide nécessaire, mais ce n'est pas le cas des communes riches et, en tout cas, il est inadmissible que l'État se dégage de ses responsabilités sur la charité publique. Villepin est venu, sans honte, serrer quelques mains dans un des Restos le jour de l'ouverture. Mais seulement 33% de leurs ressources viennent de subventions de collectivités publiques, toutes confondues, dont 15% d'aide européenne, qui vient d'ailleurs de diminuer en passant de 48 à 38 millions d'euros. Tout le reste provient d'initiatives de l'association et de dons. La charité publique est censée remplacer un État qui préfère voter 3,6 milliards de réduction d'impôts aux plus riches plutôt que d'aider ceux qui ont faim et créer des emplois qui pourraient résoudre, au moins en partie, le problème de la précarité.

Partager