À propos de la mort de Simon Wiesenthal : Comment les criminels nazis furent recyclés29/09/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/09/une1939.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

À propos de la mort de Simon Wiesenthal : Comment les criminels nazis furent recyclés

Simon Wiesenthal, qui avait passé la plus grande partie de sa vie à traquer des criminels nazis, vient de mourir. Parmi les centaines dont il avait fini par retrouver la trace figure Eichmann, un des organisateurs de la "solution finale", objectif que se fixait le régime hitlérien visant à l'extermination totale de la population juive et qui conduisit à la mort dans les camps d'extermination six millions de Juifs d'Europe. Figure également le commandant des camps de concentration et d'extermination de Treblinka et de Sobibor.

Lui-même interné durant la guerre en camp de concentration, Simon Wiesenthal avait ensuite travaillé dans un service mis en place par l'armée américaine pour rechercher les criminels nazis. Dès 1947, il avait fondé en Autriche son propre centre de documentation chargé de collecter des informations sur les camps et sur leurs tortionnaires qui y sévissaient.

En 1946, le procès de Nuremberg s'acheva sur la condamnation de quelques très hauts dignitaires du régime hitlérien. Cette mise en scène n'était qu'un paravent car les appareils d'États des grandes puissances, non seulement les USA mais aussi l'URSS de Staline, récupérèrent, en fonction de leurs compétences, nombre de "spécialistes" qui pouvaient leur être utiles, non seulement des scientifiques comme le père des V1 et V2, von Braun, mais aussi des militaires, des spécialistes du "renseignement", qui avaient été les complices directs des crimes nazis. D'autres qui auraient pu être facilement localisés par les services secrets des puissances occidentales vécurent plus ou moins incognito sous la protection de dictatures sud-américaines, après avoir émigré grâce, le plus souvent, à la complicité de l'Église catholique.

Mais dans le même temps, en France ou en Italie, la reconversion sans problème d'ex-fonctionnaires pétainistes, qui avaient assuré les basses oeuvres des nazis, ou mussoliniens se fit elle aussi sans difficulté. En France, Papon ou Bousquet le chef de la police parisienne sous Pétain purent ainsi poursuivre leur carrière, l'un au sein de l'appareil d'État, l'autre se reconvertissant dans le secteur privé. En Italie, avec l'assentiment du Parti Communiste et de son chef d'alors Togliatti, une loi d'amnistie fut votée en 1946.

Simon Wiesenthal se fixait non seulement pour but de traquer les assassins nazis qui vivaient en liberté, mais il agissait, disait-il, pour l'avenir. "Les assassins de la mémoire préparent les conditions des meurtres de demain", déclarait-il avec raison, même si les origines sociales du fascisme lui échappaient.

La chute de Hitler et de Mussolini n'a pas en effet éloigné à jamais le risque de voir renaître un jour de tels régimes. Ils ont pris racine dans l'existence de cette société dominée par une classe capitaliste qui, pour défendre sa domination, pour conquérir de nouveaux territoires et de nouveaux marchés, peut dans certaines circonstances dériver jusqu'à la barbarie la plus sanglante, la plus folle aussi.

Et le fait que tant d'anciens nazis, ou de complices des nazis, aient pu se recycler sans problème dans les "démocraties" capitalistes, prouve bien que "le ventre est encore fécond, d'où est issue la bête immonde", comme l'écrivait Bertold Brecht.

Partager