Incendies : Les larmes des responsables01/09/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/09/une1935.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Incendies : Les larmes des responsables

Après l'incendie du boulevard Vincent-Auriol à Paris qui a fait 17 morts dont 14 enfants, Chirac, Villepin, Borloo, Delanoë se sont empressés d'accourir auprès des survivants ou de faire des déclarations apitoyées. Pourtant ces hommes-là, Chirac, l'ancien maire de Paris, comme Delanoë, maire socialiste depuis quatre ans, sont responsables de l'incurie qui a conduit à ce drame. Un autre incendie dans le troisième arrondissement de Paris a fait 7 morts.

La plupart des familles qui vivaient dans l'immeuble du boulevard Vincent-Auriol avaient été logées là, provisoirement leur avait-on dit à l'époque, en 1991, après avoir campé quatre mois sur le chantier de la Bibliothèque de France. Le président de la République était alors Mitterrand, le chef du gouvernement était socialiste, le maire de Paris s'appelait Chirac. Durant ces quatorze années, bien des choses ont changé. Chirac est devenu président, la gauche et la droite ont alterné au gouvernement, la mairie de Paris a été gagnée par le Parti Socialiste, mais rien n'a été fait pour offrir une solution définitive à ces familles, qui vivaient dans un immeuble de plus en plus vétuste. Comme si reloger les occupants d'un immeuble de six étages était, dans une ville comme Paris, un problème insurmontable. De même que rénover tous les immeubles vétustes de Paris.

En avril dernier, après les 24 morts de l'incendie de l'hôtel Paris-Opéra, les déclarations n'avaient pas manqué pour dire qu'il ne fallait plus revoir cela. Mais ce n'était que des discours pour la galerie.

Delanoë s'est plaint de ce que le gouvernement laissait les municipalités supporter toute la charge de ces problèmes. Et c'est vrai que ni Villepin, ni Raffarin, ni aucun de leurs prédécesseurs depuis des années (y compris ceux qui se disaient de gauche) n'ont fait quoi que ce soit pour procurer des logements décents aux mal-logés.

Mais lui, Delanoë, qu'a-t-il fait? N'avait-il aucun moyen d'agir depuis quatre ans? Que représente le relogement de quelques centaines de familles, par rapport aux sommes énormes dépensées pour la promotion des Jeux Olympiques de 2012 à Paris? Ou au coût des travaux pour transformer chaque été les quais de la Seine en «Paris plage», ou encore pour créer en ville des centaines de kilomètres de pistes cyclables, utiles peut-être, mais pas prioritaires par rapport aux urgences?

Il manque à Paris des milliers de logements accessibles aux travailleurs, en particulier à ceux dont les revenus sont les plus faibles et qui n'ont pas accès à la location commerciale privée. Construire pour les plus démunis, ou réhabiliter complètement pour ces hommes et ces femmes des immeubles anciens, n'intéresse pas les pouvoirs publics. Et la mairie de Paris, dirigée par un socialiste appuyé par des Verts et le PCF, comme la plupart des mairies de grandes villes, raisonne de la même manière. Elle avait de l'argent pour financer le projet «Paris 2012», auquel était associé le milliardaire Lagardère. Elle a fait passer ce projet, qui n'intéressait que les tour-opérateurs, les chaînes d'hôtels et les grands restaurants, avant les conditions dans lesquelles vivent les habitants de tous les immeubles vétustes.

Les 24 morts de l'hôtel Paris-Opéra avaient été suivis de bien des discours pleins de compassion, il y a quatre mois. Et rien n'a été fait ensuite. Qui nous garantit que les familles des 17 morts du boulevard Vincent-Auriol et des 7 morts du dernier incendie dans le 3e arrondissement auront droit à autre chose qu'à des promesses non tenues? Combien de morts faudra-t-il encore pour que les pouvoirs publics prennent des mesures pour assurer un logement décent à toutes ces familles et à toutes les autres dans la même situation?

Il y a bien des immeubles et des cas semblables à Paris. Les propriétaires, lorsqu'ils sont privés, ne font aucuns travaux sérieux et attendent que l'immeuble soit déclaré vétuste et dangereux, et que ce soit alors la police qui expulse les locataires. Les propriétaires peuvent alors revendre l'immeuble au prix du terrain, ce qui à Paris vaut une mine d'or.

Et cela en toute impunité, sous le regard indifférent d'hommes politiques qui n'ont de larmes qu'à cause de la fumée.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprises du 29 août

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