La seule priorité pour les travailleurs : Faire reculer le gouvernement et le patronat07/07/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/07/une1927.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

La seule priorité pour les travailleurs : Faire reculer le gouvernement et le patronat

De Villepin prétend avoir fait du problème de l'emploi la priorité de son gouvernement. Son ministre de la «Cohésion sociale», Borloo, qu'il trouve «extraordinaire» avait annoncé que ses «contrats d'avenir» permettraient la création de 100000 emplois d'ici la fin de l'année. D'après les propres services de son ministère, on en serait... à 500! Autant dire que les 500000 emplois qui devraient être créés dans les trois années à venir grâce aux «services à la personne» ont toutes les chances d'être aussi fantomatiques.

Ce qui sera bien réel, en revanche, c'est les cadeaux faits au patronat avec les «contrats nouvelle embauche», qui permettront pendant deux ans de licencier sans explication le nouvel embauché, et la suppression des charges sociales pour les salaires situés au niveau du Smic. Le gouvernement entend faire passer ces mesures par ordonnances cet été, saison propice aux mauvais coups de toute sorte.

L'hypocrisie du gouvernement est manifeste quand il parle de faire de l'emploi sa priorité. Jeudi dernier, Sarkozy, qui avait prétendu être favorable à un plan destiné à sauver les emplois menacés du personnel de l'usine Sediver de Saint-Yorre (près de Vichy) a par exemple envoyé ses CRS protéger l'arrêt des fours, afin de permettre aux nouveaux propriétaires de faire déménager en douceur les machines. La conséquence, ce sera 286 chômeurs de plus. Et ce n'est pas la première fois que la police intervient de cette manière.

Au programme de cet été, il y a aussi une série d'augmentations des tarifs des services publics. À commencer par celle du gaz, d'autant plus scandaleuse que la toute prochaine privatisation de Gaz de France s'accompagne d'une campagne publicitaire étalant la bonne santé économique de l'entreprise.

Mais bien évidemment, entre les bénéfices des futurs actionnaires et les difficultés que l'augmentation du gaz va entraîner pour des millions de gens qui ont déjà bien du mal à joindre les deux bouts, le gouvernement a choisi les premiers.

Pendant ce temps-là, Chirac a décidé de faire le voyage de Singapour pour défendre la candidature de Paris pour les Jeux olympiques de 2012. C'est que les Jeux, c'est aussi une affaire de gros sous, et que Chirac se veut le premier commis voyageur du patronat français. Mais les commentateurs affirment aussi, derrière ce représentant du grand patronat qu'est Lagardère, que c'est «Paris qui a le plus besoin des jeux, tant sur le plan économique que sur le plan moral», manière élégante de dire que les Jeux à Paris permettraient peut-être de faire oublier à la population laborieuse ses difficultés.

Mais c'est le «moral» en ce qui concerne les luttes sociales qu'il nous faut retrouver, car le fait que les Jeux de 2012 aient lieu à Paris ou ailleurs ne changera rien au sort des travailleurs. Et c'est de toute manière bien avant qu'il leur faudra mettre un coup d'arrêt à l'offensive menée contre eux par le patronat, avec l'appui du gouvernement.

Les mois d'été ne sont certes pas les plus propices aux luttes revendicatives. Pour ceux qui sont au travail, ils sont souvent encore plus épuisants, surtout en cas de grosse chaleur. Pour les autres, c'est le moment de vacances, bien gagnées.

Eh bien, profitons de ces vacances pour récupérer, et pour nous préparer à mettre un coup d'arrêt à toutes les attaques contre les conditions de vie et de travail des classes populaires.

Ce n'est pas en faisant le dos rond, en tablant sur la seule négociation, en acceptant de petits (ou moins petits) reculs dans l'espoir d'en éviter de plus grands, comme le prétendent malheureusement beaucoup de dirigeants syndicaux, que l'on pourra arrêter la rapacité des possédants, mais par la crainte d'une explosion de la colère populaire.

La lutte des classes n'appartient pas au passé. La bourgeoisie la mène opiniâtrement contre les travailleurs. Aux travailleurs de la mener avec autant de détermination.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 4 juillet

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