Les "chariots" de Breton : Quelle baisse des prix ?24/06/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/06/une1925.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Les "chariots" de Breton : Quelle baisse des prix ?

Selon le ministre de l'Economie, Thierry Breton, les prix à la consommation auraient baissé de 0,6% en moyenne ces trois derniers mois. À l'appui de ses affirmations, il sort un lapin de son chapeau: le "chariot-type", plus fiable, selon lui, que l'indice Insee.

En fait de chariot, il y en a quatre, selon l'âge et la situation de famille, composés d'une centaine de produits alimentaires auxquels s'ajoutent des produits d'entretien et d'hygiène. Cette liste avait été établie en février dernier avec différentes associations de consommateurs, et les articles tenus secrets afin de ne pas influencer les commerçants.

Donc, pour le ministre, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes de la consommation possible, et ceux qui pensent que moins il y en a dans le chariot et plus on paie cher s'appuieraient sur leur "ressenti" et non sur la réalité concrète. Comme s'il s'agissait de deux choses différentes!

Mais, en supposant même que certains produits de consommation courante aient vu leurs prix légèrement diminuer, ce qui reste à prouver, ils n'entrent que pour un septième dans les dépenses mensuelles. Pour le reste, tout a augmenté, et bien au-delà des indices officiels. À commencer par le prix des loyers, qui absorbe près de 30% du budget des salariés, voire 40% pour les revenus les plus modestes. Dans les grandes agglomérations, ils ont augmenté en moyenne de 4% par an ces dernières années. Le prix des carburants a lui aussi grimpé en flèche: + 19,6% de hausse en un an sur le gazole, + 7,7% sur l'essence. Hausse également de l'abonnement téléphonique sur les postes fixes, des factures d'eau, d'électricité, de gaz, de transport...

Et ce n'est pas fini. Le 1er juillet, les transports d'Île-de-France (carnets de métro et coupons de carte Orange) augmenteront en moyenne de 1,8%. Il paraît qu'il faut s'en réjouir, c'est moitié moins que l'an passé. Après les TGV, qui avaient augmenté leurs tarifs en janvier, ce sera le tour des trains Corail, qui desservent des lignes de proximité: entre 2 et 3% selon les lignes. Mais il ne faut pas parler d'une augmentation des tarifs, non; pour la SNCF, il s'agit "d'ajustements"! Pour le gaz, Gaz de France voulait une hausse de 16% au 1er juillet, afin de mettre sur le marché des actions plus alléchantes au moment de la privatisation. Finalement, le gouvernement n'a permis "que" 14% de hausse des tarifs sur neuf mois, à commencer par 4% le mois prochain.

Face à toutes ces augmentations de prix, les chariots de Breton ne pèsent pas bien lourd. Surtout, ils ne trompent pas les salariés qui ont plutôt l'impression qu'en parlant de baisse des prix, on les prend pour des imbéciles. Mais ce n'est pas à eux que s'adresse le ministre de l'Economie: annoncer que des prix de produits de consommation courante ont baissé est avant tout une façon d'avertir les patrons qu'ils ont le soutien du gouvernement pour continuer à imposer des bas salaires aux travailleurs.

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