Iran : Les leçons de démocratie de Bush24/06/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/06/une1925.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Iran : Les leçons de démocratie de Bush

En Iran, le deuxième tour de l'élection présidentielle, qui doit avoir lieu le 24 juin, opposera Hachemi Rafsandjani au maire de Téhéran, Mahmoud Ahmadinedjab, ultraconservateur qui a mis en avant non seulement une volonté de mener le combat pour la propreté et contre les encombrements dans la capitale, mais également d'imposer une plus grande rigueur vestimentaire aux employées municipales et la fermeture des centres culturels.

Dans le paysage politique iranien, Rafsandjani réussit à faire figure de candidat rempart contre "l'extrémisme". Mais il a déjà été par deux fois président de la République islamique d'Iran, dans un passé récent, sans que cette volonté de "réforme" se soit concrétisée vraiment. Rafsandjani a reçu le soutien, outre de l'actuel président Khatami, des principaux partis dits réformateurs et de leurs candidats -ceux en tout cas qui ont pu se présenter à l'élection car déclarés aptes par le Conseil des gardiens. L'un de ces candidats écartés après le premier tour, Mostafa Moïn, ancien ministre présenté comme "progressiste", avait d'ailleurs failli être déclaré inapte car accusé de "défendre des droits égaux pour tous les Iraniens, notamment les femmes, la jeunesse et les minorités ethniques".

Un autre candidat, Mehdi Karroubi, ancien président du Parlement, arrivé troisième au premier tour, vient de publier une lettre ouverte à l'ayatollah Khamenei, le chef "guide suprême", lui reprochant le soutien de l'institution militaire au maire de Téhéran. Deux quotidiens sur les dix qui existent à Téhéran ont publié cette lettre et ont été aussitôt interdits.

Dans ces conditions, de nombreux Iraniens et Iraniennes se sont abstenus dès le premier tour et il est possible que les résultats aient été plus ou moins manipulés, comme l'avancent certains candidats écartés.

Mais l'intervention sur ce thème de la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice, en tournée au Proche-Orient, atteint un sommet dans la provocation hypocrite en déclarant ne pas voir "les élections iraniennes comme une tentative sérieuse de rapprocher l'Iran d'un avenir démocratique". Quant à son patron George Bush, il avait, à la veille du scrutin, dénoncé "un processus électoral qui méprise les fondements de la démocratie".

Se remémorant peut-être son élection laborieuse et quelque peu contestée face à son adversaire "démocrate" Al Gore, en 2000, le président des États-Unis sait en effet de quoi il parle! Mais surtout, en matière de "démocratie", le gouvernement américain a pour référence iranienne le régime dictatorial de Reza Pahlavi, le shah destitué par les mouvements populaires de 1979 qui ont conduit au pouvoir le régime de religieux réactionnaires dirigé par Khomeiny.

La dictature du shah, abhorrée par la population mais soutenue par les grandes puissances, en particulier par les États-Unis, affichait une image moderniste. Mais pour les militants ouvriers et les opposants politiques en général qui luttaient sous le régime du shah, croupissaient dans ses prisons et souvent mouraient exécutés ou sous la torture, ce régime pro-occidental n'avait nullement le goût d'une démocratie.

Malheureusement, ce sont finalement les intégristes chiites qui ont profité du renversement du shah, et qui ont mis en place une autre dictature. Du point de vue de la répression des revendications de la population, celle-ci est dans l'exacte lignée du régime précédent, et y ajoute les aspects rétrogrades propres à la République islamique, notamment contre les femmes. Mais les leçons de démocratie de Bush et Condoleezza Rice, hier soutiens du régime du shah et aujourd'hui encore de l'Arabie saoudite et de quelques autres, sans parler de l'intervention militaire en Irak, sont plus que superflues.

Partager