Extrême droite : Une stèle pour les tueurs !24/06/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/06/une1925.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Extrême droite : Une stèle pour les tueurs !

Le maire de Marignane, Daniel Simonpieri, s'était fait élire en 1995 sous l'étiquette Front National. Depuis, il s'est intégré au groupe de droite UMP-UDF au Conseil régional, mais reste nostalgique de "l'Algérie française". Il vient d'autoriser l'inauguration, le 6 juillet prochain, d'une stèle à la mémoire des "combattants morts pour que vive l'Algérie française", en hommage à un fondateur de l'Organisation Armée Secrète (OAS), responsable de nombreux assassinats de partisans de l'indépendance de l'Algérie, condamné à mort et fusillé le 6 juillet 1962.

D'autres villes ont déjà eu de telles initiatives. En 1980, un tel monument fut inauguré à Toulon. En 2001, la municipalité Front National y dédiait à son tour un carrefour à Raoul Salan, général putschiste et dirigeant de l'OAS, ce qui ne fut pas remis en cause par le sénateur-maire Hubert Falco (UMP), quand il reprit la commune au FN. D'autres ont suivi: Théoule-sur-Mer, Perpignan ou Béziers.

Quand de Gaulle, arrivé au pouvoir en 1958 en partie grâce à l'armée, négocia avec le FLN pour sortir la bourgeoisie française du bourbier algérien, un groupe d'officiers tenta, en s'appuyant sur ce que la France et l'Algérie comptaient de plus réactionnaire, d'infléchir à droite la politique française. Cela aboutit, en 1961, au putsch d'Alger conduit par les généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan. Mais les hésitations d'une partie des officiers, l'opposition des soldats du contingent, que de Gaulle appela à désobéir à leurs gradés, firent capoter ce putsch. L'OAS prit alors son essor. On y retrouvait notamment des officiers qui, en quinze ans de guerres coloniales, s'étaient habitués à tuer, piller ou torturer. Dans l'espoir d'arriver au pouvoir, elle lança une vague d'attentats. En six mois de 1962, l'OAS en commit contre les Algériens plus que le FLN n'en avait réalisé contre les Européens pendant toute la guerre, et faisant vingt fois plus de victimes. Racistes et xénophobes, les activistes OAS étaient aussi anticommunistes et antiouvriers. En France, ils s'attaquèrent à des permanences de syndicats ou du PCF.

Quatre d'entre eux furent arrêtés, jugés et fusillés. En revanche, les généraux et les colonels échappèrent au peloton. En 1968, ils étaient libres. En 1982, Mitterrand rétablissait tous leurs droits, bienveillant avec l'OAS comme avec bien d'autres du même bord.

Dresser une stèle aux criminels de l'OAS devrait être aussi incongru que d'en dresser une aux tueurs d'Oradour, mais pas en ces temps où les idées les plus réactionnaires remontent à la surface, y compris la nostalgie du sale temps des colonies.

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