Brésil : Démission d'un proche de Lula, Le sale boulot se fait avec des corrompus24/06/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/06/une1925.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Brésil : Démission d'un proche de Lula, Le sale boulot se fait avec des corrompus

Impliqué dans un scandale de corruption, José Dirceu a démissionné le 16 juin du poste de chef de cabinet de la présidence de la République, poste qui ressemble au Brésil à celui d'un Premier ministre. Chargé d'assurer la coordination entre les différents ministres et le président qui les nomme, il occupait ce poste de confiance depuis le début de la présidence de Lula, en janvier 2003.

Au Brésil comme dans bien d'autres pays, les affaires de corruption sont monnaie courante, impliquant élus, ministres, hauts fonctionnaires, patrons et grands bourgeois. Car sans corrupteurs, pas de corrompus. En septembre 1992, un scandale avait même provoqué la chute du président de l'époque, Fernando Collor.

Le Parti des Travailleurs (PT), le parti de Lula, avait été relativement épargné par les accusations de corruption. En revanche, depuis qu'il constitue le noyau du gouvernement, associé à des politiciens des partis traditionnels, les accusations se sont multipliées contre lui.

Le déclencheur de l'affaire actuelle est un de ces alliés du PT: Roberto Jefferson, président du Parti Travailliste Brésilien (PTB), un petit parti de droite, qui utilisait son influence auprès du gouvernement pour placer ses amis et protégés à des postes lucratifs, à la Poste en particulier, ou pour leur obtenir des contrats avantageux.

Rien que de très courant, sauf que PT et PTB se sont disputé certains postes, et que le petit jeu des confidences à la presse et des dénonciations a abouti à ce qu'une commission d'enquête parlementaire a été demandée contre Jefferson, concernant la Poste.

On a alors vu le gouvernement et ses fidèles, jusque dans les syndicats, multiplier les démarches pour faire échouer cette demande de commission d'enquête. Le PT réclamait la mise en place de telles commissions lorsqu'il était dans l'opposition. Son président, Genoino, se vantait encore début juin que Lula ait provoqué dans le pays un "choc éthique" sur le thème: ce gouvernement ne vole pas et ne laisse pas voler. Lula lui-même avait ouvert le 7 juin à Brasilia le 4eForum global de combat contre la corruption. Sauf qu'il n'était pas question pour lui de laisser tomber un de ses alliés: "Un associé est solidaire de son associé", déclara-t-il. En vain, car la commission d'enquête fut mise en place grâce à l'appui de quatorze députés PT.

Ne voulant pas s'enfoncer tout seul, Jefferson passa à l'attaque... contre le PT. Reconnaissant ses propres malversations, il révéla avec un grand luxe de détails comment le trésorier du PT, Delubio Soares, avec la complicité du secrétaire général, du président du parti et de Dirceu, versait une mensualité de près de 10000 euros à un certain nombre de députés de partis de droite alliés, pour s'assurer de leurs votes. L'argent provenait d'entreprises, publiques et privées.

Ce n'était pas les premières accusations contre Delubio Soares. Quant à Dirceu, il avait senti le vent du boulet lorsque son assesseur Waldomiro Diniz avait en mars 2004 été pris la main dans le sac en train de se faire acheter par un "parrain" du jeu. Et bien d'autres alliés du PT ont été touchés par des affaires, entre autres Meirelles, président de la Banque Centrale, et Juca, ministre de la Sécurité sociale.

Les accusations que Jefferson a faites devant la commission d'éthique de la Chambre ont été assez marquantes pour contraindre Dirceu à démissionner. Redevenu député, il va maintenant se justifier selon un schéma bien connu: ces accusations sont téléguidées par le PSDB, le parti de droite de l'ex-président Cardoso, afin de l'emporter lors des présidentielles de 2006. Et il est vrai que le PSDB traîne un certain nombre de casseroles. Mais un chien mouillé n'en sèche pas un autre, et les tares du gouvernement précédent n'excusent pas celles du PT et de ses alliés.

Si tous les gouvernements successifs, au Brésil, sont complices -et parfois rivaux- dans la corruption, c'est que beaucoup d'élus, ministres et hauts fonctionnaires trouvent normal de tirer profit, pour eux-mêmes, leurs amis ou leur parti, du pillage de toute la société.

De plus, les mesures que Lula fait voter en rafales, contre les retraites, les salaires, la Sécurité sociale, la gratuité scolaire, les droits syndicaux, applaudies par la bourgeoisie, sont en revanche rarement populaires. Et il faut bien récompenser les députés qui les votent, en sachant qu'elles peuvent mettre en danger leur réélection. On ne peut pas exiger des brevets de vertu quand on utilise des gens pour faire ce "sale boulot".

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