Snecma-Services (Saint-Quentin-en-Yvelines) : Les travailleurs envahissent le siège15/04/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/04/une1915.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Snecma-Services (Saint-Quentin-en-Yvelines) : Les travailleurs envahissent le siège

Dans le groupe Snecma, un des grands constructeurs mondiaux de moteurs d'avion, Snecma Services assure et l'entretien et les réparations de ceux-ci. Propriété de l'État depuis les grandes nationalisations de l'après-guerre, le groupe avait jusqu'à présent régulièrement augmenté les salaires en suivant au moins l'inflation. Depuis que sa privatisation a été envisagée, et a fortiori depuis qu'elle est bien engagée, les salaires se tassent. Les augmentations sont de plus en plus faibles. Celle de l'année dernière a été même inférieure à l'inflation.

C'est dans ce contexte que la direction a proposé cette année 1,5% d'augmentation pour tous, plus 1,5% en augmentations individuelles. Le tout assorti d'une prime de 120 euros à Snecma Services.

Bien consciente du ridicule de ses propositions, la direction a fait du chantage aux syndicats: s'ils n'apportaient pas leur caution, elle réduirait l'augmentation générale à 1,1% et les augmentations individuelles à 1,2%. De plus, elle supprimerait purement et simplement la prime. À l'usine de Saint-Quentin-en-Yvelines, où deux syndicats minoritaires avaient accepté ce chantage, la CGT, majoritaire, a dénoncé la signature comme elle en avait le droit. La direction en a alors profité pour mettre sa menace à exécution. Du coup, la CGT a appelé à un débrayage suivi d'un rassemblement devant le siège à Montereau pour réclamer une véritable augmentation de salaire.

Le mardi 5 avril, c'est un plein car à deux étages et plusieurs voitures qui sont partis de Saint-Quentin pour Montereau, rejoints par des travailleurs venus des deux autres sites, un car et deux camionnettes venus de Châtellerault et quelques-uns de Villaroche. Une bonne partie du personnel du siège avait débrayé et nous attendait.

L'accueil, agrémenté de quelques merguez, fut chaleureux pour les quelque 300 personnes présentes. L'ambiance y était, avec la fermeture des grilles pour empêcher les voitures d'entrer et sortir, puis la montée dans les bureaux pour aller dire deux mots au PDG du groupe. Dans l'euphorie générale, les brochures de propagande patronale sur papier glacé et quelques ramettes ont souffert, sous forme de confettis lancés du haut des étages. De magnifiques guirlandes de papier toilette couraient de coursive en coursive. Les plantes vertes en blanchissaient.

Devant un directeur plutôt méprisant et de toute façon bien décidé à ne rien accorder, certains ont suggéré qu'il passe la main à ses supérieurs. Les travailleurs de Châtellerault envisageaient même déjà de passer la nuit sur place en sa compagnie... Et juste après avoir repris quelques forces en faisant nous-mêmes nos express à la cafétéria, nous sommes repartis à l'assaut du DRH réfugié dans son nid d'aigle, au sommet du siège social.

Finalement, devant notre détermination et pour relâcher la pression, ce dernier a proposé une rencontre trois jours plus tard, pour "négociation" sur les salaires.

Évidemment, à la réunion de "négociation" la direction, n'étant plus sous la pression, a maintenu son chantage jusqu'au bout, trop contente de faire porter la responsabilité du retrait de la prime à la CGT. C'est une façon de dire "Voilà ce qui arrive quand on refuse de signer."

Parmi les travailleurs, les réactions sont partagées. Certains auraient préféré que le syndicat signe. D'autres sont satisfaits de ne pas s'être laisser piéger par la direction, même si, comme tout le monde, ils regrettent évidemment de ne pas avoir plus. Mais les uns comme les autres savent que, de toute façon, de véritables augmentations de salaire dépendront de luttes encore à mener.

Et dès maintenant, des assemblées de grévistes se préparent.

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