Mort du pape : Overdose d’opium du peuple06/04/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/04/une1914.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Mort du pape : Overdose d’opium du peuple

Le décès du pape, intervenu le 2 avril, a bien sûr rempli tous les journaux, ceux-ci rivalisant de numéros spéciaux et d'albums souvenir et envahi tous les écrans. La programmation a même été modifiée pour éviter à feu Jean-Paul II ce que certains considéraient comme des voisinages indécents ou même simplement souriants. Les commentaires ont été unanimes, aucun doute n'est permis: si on en juge par la place occupée dans les journaux télévisés, la mort du pape est un événement mondial de la taille au moins d'une coupe du monde de foot, si ce n'est des jeux olympiques. On aura d'ailleurs une idée plus précise de sa valeur marchande si Coca Cola et Nike achètent les droits pour le décès du prochain pape.

L'État français a été à la hauteur de la situation: implication personnelle de Chirac et Raffarin, accompagnés par leurs épouses, à la fois respectives, religieusement mariées et raisonnablement émues. Chirac a successivement fait une déclaration à la télé, assisté à la messe télévisée à Notre-Dame, reculé son entrée en campagne (télévisée) pour le "oui" afin de pouvoir participer aux obsèques (également télévisées) à Rome. Les drapeaux ont été mis en berne sur les bâtiments publics, écoles, lycées et collèges laïques compris. Villepin, ministre de l'Intérieur et des Cultes, a ordonné aux préfets d'assister en costume aux messes données par les évêques et même, si besoin, d'aller leur présenter les condoléances de l'État. On souhaite en haut lieu que les stations régionales de FR3 retransmettent ces émouvantes cérémonies. Comme dans tous les moments graves, l'Union sacrée a été reconstituée. Le maire PS de Paris, Delanoë, a dit qu'il ne fallait pas troubler ce moment de recueillement et qu'il aurait voulu être à Notre-Dame. Les autres responsables socialistes ont chanté leur petit cantique. À croire que le catholicisme était dans ce pays religion d'État!

Il ne manquait qu'une seule chose: l'intérêt du public, malgré tous les efforts des chaînes de télévision, des politiciens conformistes et des curés de toutes obédiences.

En somme, l'ultime apport de Jean-Paul II à ce monde aura été de leur fournir une occasion de délire médiatique agrémenté d'un déferlement de bondieuseries et de commentaires affligeants, délire qui a atteint un record toutes catégories. Méfiance tout de même: l'excès d'opium, fût-il du peuple, peut entraîner des effets secondaires incontrôlables... comme un rejet de toutes ces bondieuseries.

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