Grande-Bretagne : PSA licencie et menace les travailleurs anglais de délocalisation06/04/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/04/une1914.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne : PSA licencie et menace les travailleurs anglais de délocalisation

Il n'y a pas qu'en France que PSA se paie avec la sueur des travailleurs. Les 3500 ouvriers de l'usine PSA-Peugeot de Ryton, qui produit des 206 dans le centre de l'Angleterre, viennent d'en faire une nouvelle fois l'expérience.

Fin mars, la direction de l'usine faisait savoir qu'elle entendait supprimer les 700 postes de l'équipe VSD. Dans une lettre envoyée aux salariés, elle justifiait cette mesure par une baisse de 9% du revenu net de l'usine. Curieuse arithmétique puisque, pour répondre à une baisse de 9% de revenu, elle prétendait imposer une réduction de près de 20% des postes de production, à moins, bien sûr, que le but de l'opération ait été d'augmenter encore plus l'intensité du travail pour ceux qui restent! Mais surtout, PSA faisait savoir que sans ce sacrifice, le site de Ryton avait peu de chances d'être choisi par le groupe pour la production du successeur de la 206.

À Ryton, cela fait des années que PSA s'en tire avec de tels chantages, en grande partie grâce à la complicité active des leaders syndicaux. Car, comme dans toutes les grandes usines automobiles, ce sont les leaders nationaux -ceux du syndicats T&G pour les OS et du syndicat AMICUS pour les professionnels et ATM- qui traitent directement avec la direction de l'usine, par-dessus la tête des militant locaux et, a fortiori, des travailleurs. L'automobile est un secteur politiquement «sensible» et les appareils syndicaux ne veulent y prendre aucun risque.

En 1997, déjà, Peugeot avait réussi à faire passer l'annualisation du temps de travail, alors que cela ne se pratiquait nulle part dans le pays. À l'époque la direction avait invoqué le fait que la surévaluation de la livre sterling sur le marché européen risquait d'« obliger» le groupe à délocaliser l'usine -à moins, bien sûr, d'y baisser le coût du travail. Ryton tournait alors en deux équipes, matinée et soirée.

Deux ans et plusieurs dizaines de millions d'euros de subventions étatiques plus tard, PSA annonçait que l'usine de Ryton deviendrait l'un des principaux sites européens de production de la 206. Mais, fin 2002, nouveau coup de théâtre: PSA décrétait que pour «assurer» le programme 206 à Ryton, les salariés devaient subir une baisse de leurs salaires réels. Après une série de grèves tournantes, les leaders syndicaux annonçaient la «victoire»: en échange de la baisse des salaires réels exigée par PSA, ils avaient «arraché de haute lutte» la promesse d'une équipe de nuit, «garantissant» ainsi, selon eux, l'avenir de l'usine. C'était évidemment du vent, car Ryton n'aurait pu tenir ses objectifs sans une troisième équipe. D'ailleurs, peu après, une quatrième équipe VSD fut créée pour faire face à la demande des 206 haut de gamme. Avec 4500 ouvriers, Ryton était alors la troisième usine d'assemblage du pays.

Mais l'avenir «radieux» garanti par PSA selon les leaders syndicaux ne dura pas plus d'un été. En mars 2004, l'équipe de nuit fut la première à partir, avec 700 licenciements. La livre ayant baissé par rapport à l'euro, PSA trouva un autre prétexte -le trou du fonds de retraite PSA et l'inflation des réglementations imposées par le gouvernement Blair. L'un comme l'autre n'étaient que de cyniques mensonges. Comme toutes les grandes entreprises anglaises, PSA avait négligé d'alimenter le fonds de retraite durant les années de flambée boursière et ne voulait pas combler le trou laissé par l'écroulement des cours boursiers de 1999-2000. Quant aux réglementations, c'est la rengaine du patronat anglais. Mais, du point de vue des ouvriers, jamais on n'a vu aussi peu d'inspections hygiène et sécurité, pour ne prendre que cet exemple, que depuis l'arrivée de Blair au pouvoir.

Quoi qu'il en soit, c'est maintenant au tour de l'équipe VSD de partir. Pour l'instant, les leaders syndicaux clament qu'ils n'accepteront pas de licenciements. Mais en même temps, ils insistent sur le fait qu'ils n'ont pas épuisé les «possibilités» offertes par les 90 jours légaux de «consultation» en cas de licenciement collectif -un cadeau fait par Blair aux appareils syndicaux l'an dernier.

De toute façon, outre le souci traditionnel des appareils syndicaux d'identifier les intérêts des travailleurs à ceux de l'entreprise, leur préoccupation actuelle est de faire en sorte qu'aucune grève ne vienne ternir la campagne électorale du Parti Travailliste pour les élections législatives de mai prochain. Autant dire que si une réaction se produit face aux mauvais coups de PSA à Ryton, c'est des travailleurs eux-mêmes qu'elle viendra et d'eux seuls.

Partager